Un câble sous haute tension

Le navire-câblier « Île de Ré » marque le passage de Wallis dans l'ère du haut-débit.

   Notre Collectivité territoriale ultra-marine de Wallis-et-Futuna est reliée au câble haut-débit Tuisamoa depuis mi-novembre 2017. Un haut-Débit effectif sur le territoire en Mars 2018. Le mercredi 29 novembre sur Wallis et Futuna 1ère (ainsi que Radio et Facebook), les principaux responsables de notre service de téléphonie (SPT) et du réseau Orange nous ont en direct informés des derniers développements de cette affaire qui nous occupe depuis quasi deux ans maintenant.

   Un câble sous haute tension.

   Il est vrai que le développement de la télématique sur nos deux îles laisse pantois les accros de la toile. Dire que l'abonné internet à Wallis comme à Futuna « rame » pour obtenir en un temps respectable la page électronique cherchée tourne à la plaisanterie. On en est encore ici au temps de Cro-Magnon quand nos voisins calédoniens ont découvert depuis dix ans les délices de l’informatique du 21e siècle.

   Mais l’annonce de notre connexion prochaine à ce câble sous-marin de télécommunication, qui offrira un débit de 50 gigabits par seconde soit 100 000 fois le débit actuel par la liaison satellite, suscita en son temps de légitimes espoirs et de grandioses projets. Pour le citoyen ordinaire, il ne s’agit que de courriels ou de téléchargements de documents divers : livres, films et autres vidéos. Mais pour l’utilisateur plus aguerri et quelque peu imaginatif, la perspective de création et de développement d'entreprises dont l’outil principal s’appuie sur la connectivité télématique devient une possibilité évidente. Les start-up (start-up : jeune entreprise innovante à fort potentiel de développement, nécessitant un investissement important pour pouvoir financer sa croissance rapide) pourront se multiplier à vitesse grand V... Il y a même un ancien préfet, M. Marcel Renouf, qui a déclaré que grâce à ce câble, la connexion internet deviendrait à peu près gratuite. À peu près…

   Au fait, combien ça coûte ?

   Oui, mais voilà : le rêve risque de tourner court. Quand les deux présentatrices, lors de l’émission spéciale du 29 novembre, ont évoqué le coût de l’abonnement pour les particuliers, on a assisté à une dérobade collective qui a essentiellement consisté à tourner autour du pot, tant en ce qui concerne les dirigeants du SPT que le représentant de l’Assemblée territoriale.

   Pire : nous avons appris deux choses supplémentaires. L’une que le remplacement du transport filaire actuel des communications informatiques par la fibre optique n’est envisagé que dans la « deuxième phase » de cette opération, dans cinq ans au mieux… L’autre que les besoins de la population concernée seront définis après une collecte téléphonique auprès des usagers du SPT dans les semaines à venir.

   C’est ce qui s’appelle faire les choses à moitié. En général, ce que l’on appelle une « étude de faisabilité » qui s'attache à vérifier que le projet soit techniquement faisable et économiquement viable, se réalise avant le commencement des travaux. Dans le cas présent, on la fait après. Et ce d’autant plus que la définition des coûts pour les usagers dépendra de l’Assemblée territoriale de la Collectivité, lorsque l’aspect technique de l’affaire aura été à peu près achevé.

   Mais l’omerta qui a régné pendant cette émission sur le coût de l'abonnement au câble pour les usagers territoriaux en dit plus encore. En dehors d’une proposition visant à offrir le premier modem pour les utilisateurs économiquement modestes, pour peu que ceux-ci soient équipés d’un ordinateur (ce dont nous doutons), on nous a celé le reste en décevant nos attentes, mais en laissant finalement entendre que le pire est à craindre

   C’est ce qu’a écrit une commentatrice de l’émission TV du 29 novembre, que nous citons in extenso : « Vous dites que le traitement d’un raccordement à cette nouvelle technologie dépendra de la demande des clients : à quoi cela sert-il d’avoir une telle technologie si se n est qu’une partie de la population d’un certain portefeuille qui puisse en bénéficier le service n’est plus public mais réservé à une certaine catégorie de personnes ».

   À contrario, on peut légitimement être inquiets pour notre portefeuille.

   Ce que nous allons préciser, dans la limite de nos informations. Puisque l’installation de la fibre optique en remplacement du transport filaire des informations télématiques est repoussée aux calendes grecques, il faudra nous équiper d’un matériel qui nous permettra d'accéder à la connexion 4G, soit un modem et une antenne ad hoc. Pour le modem : 40 000 XPF et pour l’antenne : 15 000 pour les prix les plus hauts (et la qualité la meilleure, ce qu'il ne faut pas négliger sur nos îles), 13 000 et 3 000 XPF respectivement pour les prix les plus bas. Plus l'abonnement proprement dit, dont on ne sait rien justement, puisque c’est l’AT qui doit en décider. Ben voyons !

   Quasiment gratuit, il avait dit M. le Préfet…

 

Publié le mercredi 6 décembre 2017.