Mieux vaut changer ses désirs que l'ordre du monde!

   Le dogme de l'Immaculée Conception signifie que Marie, mère de Jésus-Christ, fut conçue exempte du péché originel[1]. De plus la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie veut que Marie soit restée vierge – c'est-à-dire n’avoir jamais « connu d’homme » -   après la naissance de Jésus et ce, jusqu'à sa propre mort[2].

   En quoi la « PMA pour toutes », et seulement elle, peut-elle se lire comme un avatar de ce dogme de la foi chrétienne ? Rapprochement incongru, pourriez-vous vous étonner. Eh bien non ! Vous allez comprendre pourquoi.

   L’acte médical.

   La « procréation médicalement assistée » – PMA - ou « aide médicale à la procréation » - AMP – n’est accessible en France actuellement qu’aux seuls couples hétérosexuels chez lesquels une infertilité a été reconnue par un professionnel de santé. La femme doit être en âge de procréer. Le médecin peut avoir décelé une cause d’infertilité ou avoir simplement constaté l’absence de conception malgré des tentatives répétées sans contraception[3].

   Parce qu’il s’agit d’un acte médical, la Sécurité Sociale peut le prendre totalement en charge à 100 % sous certaines conditions : la femme doit avoir moins de 43 ans et le nombre d’intervention ne doit pas dépasser 6.

   Notons que comme toute intervention humaine en matière de santé, ici de fécondation, il y a des risques tant pour la maman, que pour le fœtus, plus tard pour l’enfant. Certes, la proportion d'enfants en difficulté psychologique est infime, mais réelle parce que, de toute façon, plus conséquente que dans le cas de naissance « naturelle ».

   Parce que la « PMA pour toutes » ne peut s’assimiler à une réponse médicale pour une infertilité dûment constatée puisqu’elle s’adresse seulement à un désir personnel d’enfant, elle ne saurait être éligible à une quelconque intervention des assurances sociales. Tel évidemment n’est pas la position des associations LGBT.  Mais on n’empêchera pas la distinction entre un acte thérapeutique et un acte de « confort ».

   Bref, actuellement, la PMA-AMP est seulement et simplement un acte médical : « M… ».

    L’universalisation de la PMA : un autre monde.

   Dans le cas d’une PMA-AMP appliqué à un couple infertile pour des raisons biologiques, la question de sa portée méta-physique – nous scindons volontairement ce mot entre son préfixe et sa racine – ne se pose pas, puisqu’il s’agit d’une intervention thérapeutique. Par contre, le problème prend une autre dimension si la PMA s’étend à des personnes qui, a priori, ne sont pas stériles. Donc qui, d’un strict point de vue médical, ne devraient pas en bénéficier.

   Leur motivation semble être le « désir d’enfant ». Franchement, nous ne voyons pas ce que cela peut signifier dans le cas des alliances homosexuelles dont la stérilité est le lot naturel. Autant demander la lune… En tout cas, la PMA répondrait ici uniquement à un « besoin » subjectif, strictement personnel donc.

   Il y aurait bien une solution à ce « désir » incontournable : celle choisie par l’humanité depuis des millénaires, depuis 7,5 millions d’années si l’on se réfère à Toumaï. Mais justement, s’il y a dans nos sociétés des personnes homosexuelles, et plus particulièrement des femmes, c’est que cette solution ne leur plaît guère, pas du tout même. Elles choisiraient donc, les hommes aussi d’ailleurs, une conduite qui, a priori, les exclut de tout processus procréatique. C’est ce que disent déjà les héros sombres du marquis de Sade qui pratiquent cette « inversion » des mœurs dans le seul but d’éviter ce que Sade appelle la propagation : « La propagation n’est nullement le but de la Nature ; elle n'en est qu'une tolérance ; et lorsque nous n'en profitons pas, ses intentions sont bien mieux remplies » (La Philosophie dans le boudoir).

   Mais cette hypothèse pourrait bien ne pas être la bonne puisque le Comité consultatif national d’éthique – ce dernier terme surprend…- évoque « une souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles [qui] doit être prise en compte » : « Cette demande d’AMP, … pour procréer sans partenaire masculin, en dehors de toute infécondité pathologique, s’inscrit dans une revendication… pour répondre à un désir d’enfant » écrit encore le CCNE.

   Reprenons ces lignes et retenons-en deux expressions : « orientations personnelles » et « sans procréateur masculin ». Ce qui nous fait question c’est qu’il s’agit de femmes qui veulent avoir un ou des enfants sans intervention masculine.

   Si l’on interroge une des sources de notre culture, la Bible, et plus exactement son premier Livre qui raconte l’histoire de la Création de notre univers par Dieu, on y lit que la faute commise par Adam et Ève, ce que l’on nomme aujourd’hui le péché originel a, entre autres conséquences, la reproduction de l’humanité sexuée et douloureuse. Le texte est clair : « [Yahvé] dit à la femme : J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi » (Genèse III_16) et en IV_1 : « Adam connut Ève, sa femme ; elle conçut, et enfanta Caïn ». La sexualité procréative s’inscrit donc dans les conséquences de la chute.

   Ainsi, pour les Cathares, la sexualité étant impure puisque revenant à emprisonner une âme dans un corps créé par le Mauvais (Satan), ils s’astreignaient à l’abstinence sexuelle et pour cela, devaient constamment se déplacer par deux personnes du même sexe.

   L’immaculée conception.

   Quelle réponse la notion d’immaculée conception qui, rappelons-le, exempt le récipiendaire de la tache indélébile du péché originel, peut-elle traduire ce souci d’enfant sans intervention masculine ? Justement l’abolition de la réalité tragique du péché, la relation physique que connut Ève et son mari, fautifs devant Dieu autant l’un que l’autre et obligés de copuler pour survivre, au moins en tant qu’espèce maudite.

   Si la Bible n’est pas un livre d’histoire, c’est cependant l’histoire du salut de l’Humanité et au-delà de la Création. Que le Christ advienne au monde par Marie prend ici un sens particulier. La conception virginale de Marie se trouve justifiée par la naissance de Jésus et du même coup nous renvoie aux origines du Monde, avant la chute.

  La revendication entêtée de la « PMA pour toutes » double à sa manière la nature mariale, mais bien petitement puisque Dieu en est absent. Souvenez-vous : « Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la [Marie] répudier sans bruit ». De la PMA, l’homme se retire comme Joseph en avait d’abord l’intention. Il se réduit au mieux à quelques cellules sexuées anonymes qui, dans un tube de verre, se joignant à d'autres plus connues, pour créer in vitro et non in utero un embryon, un fœtus, un bébé, un enfant, un humain : glassman.

  Une conception virginale, sans la marque de la chair, sans celle du péché originel. Sans homme, sans père aussi. Mais ce dernier point semble accessoire ici. Au plus profond du subconscient de ces amazones qui réclament à cor et à cris ce qu’elles croient être une reconnaissance égalitaire, se tient le sourd désir de la pureté immaculée. Mais sans le secours de l'archange Gabriel… Sans l’ange, la bête n’est pas loin !

   « Mieux vaut changer ses désirs que l’ordre du monde ».

   C’est un des principes, le troisième[4], de la morale de Descartes, dont ces dames feraient bien de se souvenir et mieux, mettre en application, au risque de voir le monde s’écrouler sous le poids de leurs désirs. C’est ce désir même qui provoqua la chute de nos ancêtres mythiques. On en connait les conséquences : « Cependant Caïn dit à son frère Abel : Allons dehors, et, comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua » (Genèse, IV_8).

 

Publié le dimanche 29 octobre 2017.

 

 

 

 

 

 

 



[1] Bulle Ineffabilis Deus du pape Pie IX du 8 décembre 1854.

[2] Matthieu, I_18-19. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph. Or avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit-Saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit. Dans la traduction de la Bible de Jérusalem, en Luc I_34, les traducteurs placent une note : « Fiancée à Joseph, Marie est encore vierge et il est possible qu’elle ait résolu de le rester ».

[3] Loi de bioéthique 2004-800 du 6 août 2004, dont certaines dispositions qui ont été révisées par la loi du 7 juillet 2011.

[4] « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde » (Discours de la Méthode, 3e partie).