Manuel "scolaire" à ne pas mettre entre toutes les mains

Page 363 du manuel d'EMC pour les élèves de 4e des éditions Hatier.

   Le site http://www.citizengo.org/fr nous a transmis un document, la page 363 d’un manuel d’Éducation morale et civique (EMC) des éditions Hatier, que nous estimons des plus inquiétants. En effet, son contenu rédactionnel s’appuie sur une démarche particulièrement malhonnête en ce qu’il s’adresse à des adolescents, en l’occurrence des élèves de 4ème, en pleine maturation physique et psychologique.

   Intitulé pompeusement « Coin philo », il nous dit, sous le titre « Sexe, genre et sexualité » : « il ne faut pas confondre le sexe qui définit notre identité biologique, et le genre qui est notre identité culturelle. La sexualité renvoie à nos préférences et orientations amoureuses. Elle n’est pas déterminée par notre sexe mais librement choisie » Ce court texte s’achève, en bonne pédagogie, sur une question « d’application » : « Pourquoi est-il important à votre avis, de ne pas identifier un sexe à un type de sexualité déterminée ? »

   On notera d’abord que cette question est « fermée » en ce sens que l’élève n’a guère le choix de la réponse, réponse qui se donne dans les lignes qui précèdent cette question… : le sexe relève de la biologie, la sexualité de la culture. C’est le principe fondamental de la théorie du genre. Dans son ouvrage phare, Trouble dans le genre, publié en 1990 aux États-Unis, la philosophe américaine Judith Butler, représentante la plus connue des gender studies, soutient en effet qu’il convient de distinguer le sexe physiologique de l'identité sociale et psychique sexuée[1].

   C’est la première malhonnêteté de cette page.

   Deuxième malhonnêteté. Le mot sexualité est bien évidemment de la famille du mot sexe. Soutenir par conséquent que la sexualité diffère par essence du sexe est, d’un strict point de vue linguistique, une erreur. Mais ce l’est aussi d’un point de vue sociologique et culturel, voir civilisationnel, puisque l’enfant s’identifie dans son milieu familial, le premier dans l’ordre chronologique de son existence mondaine, comme garçon ou fille selon son sexe biologique. D’ailleurs son évolution psychologique, si l’on se réfère au concept freudien de l’Œdipe, le confirme.

   Troisième et dernière malhonnêteté. « La sexualité n’est pas déterminée par notre sexe [sous-entendu biologique] mais librement choisie ». dit le manuel scolaire. Nous contestons fermement que cette sexualité soit le fuit d’une libre décision.

   D’abord parce qu’un adolescent ne dispose pas, mentalement, des outils conceptuels nécessaires pour prendre une décision si importante pour sa vie future.

   Ensuite parce qu’il s’intègre naturellement dans un environnement familial, social et culturel qui formate son existence immédiate. Certes, son libre-arbitre ne tardera pas à s’exprimer. Mais à l’adolescence, il est encore en formation. Fragile aussi donc, d’une certaine façon.

    Enfin, parce tout individu né femme ou homme, évolue sous l’action des hormones propres à son sexe biologique : chez la femme, les œstrogènes et la progestérone, produites par les ovaires ; chez l’homme, les androgènes dont la testostérone est le principal représentant, produites par les testicules. Ce sont ces hormones qui font que l’on est un homme ou une femme.

   Tout donc nous laisse à penser qu’un changement de « genre » a des causes psychologiques subconscientes et environnementales, encore mal définies. Mais « librement », certainement pas. La parole doit être donnée ici à la psycho-pédiatrie et à la psychanalyse.

   « Librement », dit le manuel ? C’est un mensonge, d’autant plus scandaleux qu’il s’étale dans une publication scolaire. L’Éducation nationale et son Ministre actuel, M. Blanquer, seraient bien inspirés de retirer ce manuel de la liste des fournitures des élèves de 4ème de nos Collèges.

               

Rédigé et publié le samedi 7 octobre 2017.



[1] Et hier « Sourire Colgate », aujourd'hui Hidalgo nous soutiennent que la « théorie du  genre » n’existe pas !