L’islam politique doit être combattu comme le suprémacisme racial

La religion n’est pas une couleur de peau ![1]

   Au lendemain de l’attentat suprémaciste blanc de Charlottesville, la société américaine a prouvé sa capacité de mobilisation. Même la Silicon Valley passe (enfin) à l’action contre les groupes racistes et néo-nazis. Et c’est tant mieux, même si les autorités devront veiller à éviter les débordements d’une chasse aux sorcières incontrôlée, et si le risque de censure politiquement correcte est bien réel.

    Après Barcelone, Cambrils, Alcanar, peut-être Sourgout en Sibérie et Turku en Finlande, et en tout cas une longue litanie de Toulouse à Levallois-Perret, voit-on quoi que ce soit de comparable se mettre en place contre l’islam politique ? Non. Les États agissent, mais la société civile tarde à prendre sa part de la nécessaire mobilisation. Pourquoi ?

    La religion, une tradition héritée ?

   Bien que les raisons soient multiples, l’une me semble saillante, et à terme particulièrement problématique : la vision de la religion avant tout comme une tradition héritée, et non pas une conviction choisie.

   Bien sûr, le prisme américain de beaucoup de médias, et évidemment des réseaux sociaux, est une première explication. Vu des États-Unis, où les musulmans représentent environ 1 % de la population, l’islam politique est un danger lointain et hypothétique. En revanche, l’extrême-droite raciste blanche est un danger immédiat bien réel, d’autant plus que l’attitude de Donald Trump à son égard manque singulièrement de clarté. Les priorités de la Silicon Valley n’ont donc rien d’étonnant.

  Je ne crois pas cependant que ce soit l’explication principale. Le cœur du sujet est l’assimilation par la pensée « politiquement correcte » de la critique d’une religion à du racisme.

    Une distinction pas toujours évidente

   Bien sûr, la déchristianisation de l’Occident y contribue, puisque beaucoup de personnes de culture chrétienne n’y voient plus qu’un ensemble de traditions, que l’on peut souhaiter perpétuer sans pour autant adhérer aux croyances ni aux valeurs qui y étaient jadis associées. Spontanément, ces personnes imaginent que la situation est la même pour tous.

   Et pourquoi pas ? Quelle que soit la religion, une part plus ou moins grande des fidèles y adhère par affection pour ses traditions, par loyauté familiale, ou pour faire partie d’un groupe en partageant ses coutumes. Beaucoup ont bien d’autres préoccupations que la théologie, et estiment avoir la religion qui leur a été enseignée dans leur enfance tout simplement parce qu’ils n’ont jamais eu de raison de réfléchir sérieusement à la question. Il n’est pas toujours simple de distinguer une appartenance par tradition d’une appartenance par véritable adhésion.

   Mais n’est-ce pas la même chose pour des convictions politiques ? Il est très probable que parmi les manifestants « suprémacistes » de Charlottesville, un bon nombre n’était là que par affection pour ce qu’ils perçoivent comme d’innocentes traditions, ou par fidélité envers un engagement habituel dans leur famille. Faut-il pour autant les dédouaner de toute responsabilité lorsqu’ils participent à un cortège dans lequel on brandit des drapeaux nazis ?

   Apostasie et assignation raciale

   Bien sûr, on peut adhérer très sincèrement et profondément à une religion, sans adhérer à tout son enseignement officiel. Ce n’est pas « tout ou rien », et des millénaires de controverses et de réformateurs religieux sont là pour le prouver ! Ce qui prouve, au passage, qu’une foi sincère n’est pas par essence incompatible avec l’exercice du libre-arbitre et de l’esprit critique.

   Pour un croyant, critiquer les traditions, les symboles et les mythes qui l’ont conduit à la conscience du divin est parfois difficile, terrifiant même puisque cette démarche suppose une forme de distanciation, même temporaire, et semble ouvrir la possibilité de ne plus croire. Mais même si cette difficulté bien réelle doit être comprise et reconnue, elle ne saurait excuser un éventuel soutien aveugle à une doctrine.

  Les non-croyants ont donc à nuancer leur vision des croyants, à ne pas les rendre responsables de tous les enseignements liés à leur croyance, mais les croyants ont, eux, la responsabilité d’exercer leur esprit critique vis-à-vis de leur religion.

   Croire n’est pas soutenir aveuglément

   Pour un croyant, critiquer les traditions, les symboles et les mythes qui l’ont conduit à la conscience du divin est parfois difficile, terrifiant même puisque cette démarche suppose une forme de distanciation, même temporaire, et semble ouvrir la possibilité de ne plus croire. Mais même si cette difficulté bien réelle doit être comprise et reconnue, elle ne saurait excuser un éventuel soutien aveugle à une doctrine.

  Les non-croyants ont donc à nuancer leur vision des croyants, à ne pas les rendre responsables de tous les enseignements liés à leur croyance, mais les croyants ont, eux, la responsabilité d’exercer leur esprit critique vis-à-vis de leur religion.

   En outre, on sait que l’islam refuse généralement l’apostasie. L’assignation « raciale » d’un individu à la religion de ses parents ne peut que convenir parfaitement à ceux dont la priorité reste le contrôle de la communauté musulmane elle-même, et qui craignent plus que tout qu’un esprit critique vis-à-vis du dogme se répande au sein de l’oumma.

  L’objectif est double : placer les autres cultures (en particulier l’Occident) en position d’infériorité, et faire taire en interne les musulmans réformateurs. À ce titre, l’odieuse accusation d’islamophobie portée contre Kamel Daoud après son analyse des agressions sexuelles de Cologne est particulièrement révélatrice.

   Une croyance doit rester un choix

  Ceux qui considèrent que la critique des religions est une forme de racisme sont donc les complices, volontaires ou non, d’une entreprise totalitaire visant à supprimer la liberté de conscience.

   Or, à moins de nier aux individus tout libre-arbitre, une croyance est et doit rester un choix, que cette croyance soit politique, philosophique ou religieuse. Et comme tout choix, celui-ci s’accompagne d’une part de responsabilité.

   Vouloir exonérer les musulmans de cette responsabilité, c’est les assigner à une identité de naissance. Être indulgent vis-à-vis de l’islam politique pour ne pas « stigmatiser les musulmans », c’est refuser de voir qu’on peut être musulman tout en dénonçant ce qui dans l’islam conduit au totalitarisme conquérant. C’est croire les musulmans incapables de procéder à un examen critique d’eux-mêmes et de leurs croyances. C’est les infantiliser, les considérer comme structurellement irresponsables, donc inférieurs. C’est du racisme.

   Islamisme et suprémacisme racial

   L’islam politique est aussi malsain que le suprémacisme racial, et au moins aussi dangereux. Il doit être combattu avec la même détermination.

  La religion n’est pas une couleur de peau ! La liberté de conscience est un droit que nous devons défendre sans tolérer la moindre compromission, et une responsabilité que nous devons rappeler. Mais elle ne s’applique pas qu’aux seuls musulmans. La mobilisation contre le KKK et les néo-nazis doit être étendue à la lutte contre les groupes salafistes, wahhabites, ou la nébuleuse des Frères musulmans. Chacun d’entre nous en est responsable.

 Aurélien MARQ,

Polytechnicien et hautfonctionnaire chargé de questions de sécurité.

 

Redirigé depuis "Causeur" et publié le mercredi 23 août 2017.