« Malheur au pays dont le roi est un enfant » (Ecclésiaste, X, 16).

   Cette citation est sans doute mieux connue sous le titre qu’Henri de Montherlant donna à une pièce de théâtre publiée en 1951 : « La ville dont le prince est un enfant ». Mais notre propos n’a rien de littéraire.

   Pour avoir été longtemps un militant politique actif, et même pendant quelques années participé à la direction de ses instances locales, nous savons que les caciques du parti voyaient d’un mauvais œil les jeunes loups piaffant d'impatience devant les portes du Conseil Général de leur département, et avaient encore, semble-t-il, l'audace de lorgner effrontément du côté de l’Assemblée nationale. Ces impudents, la quarantaine tout de même bien sonnée, contestaient l’autorité de leurs aînés d’une bonne vingtaine d’années, de leurs « pères » en somme, nouvel avatar d’Œdipe, cher aux lecteurs de Freud, dont la destinée justement passe par le meurtre du père, donc par la mise en retraite, à peine anticipée, des tenants des titres convoités.

   Retour sur une élection législative atypique.

   Sur 577 députés de la nouvelle législature – celle élue en 2017 -, 471 n’ont jamais été députés, dont 91% des LREM ; la moyenne d’âge de ces derniers étant de 45 ans et demi. Et 279 membres de la nouvelle majorité n’ont jamais fait de politique auparavant ! Mais il semblerait que ce soit aussi le cas de la quasi-totalité des 17 députés de-là France Insoumise.

   Peu importe finalement, sauf que cette fonction, nationale, députée ou sénateur, dont l’importance est majeure - participer aux destinées de la France pendant 5 ans – ne demande aucune compétence particulière, généralement sanctionnée par un diplôme ad hoc, un doctorat par exemple pour un médecin ou une agrégation pour un enseignant. Ce qui suppose quelques années d’études les précédant et même d’expérience professionnelle ultérieurement pour être reconnu et apprécié dans son métier.

   « Asinus asinum fricat ».

   Rien de cela pour un élu national ; le seul suffrage universel, la seule volonté des électeurs suffisent. À la limite un âne bâté, pour peu qu’il sache braire au rythme de ses admirateurs, pourrait devenir député… Nous exagérons, bien sûr, mais nous n’en sommes tout de même pas très loin. Il sulfite de voir les comptes-rendus de la presse nationale rapportant les derniers débats à l’AN concernant la prétendue loi de « moralisation publique ». Jamais on n’a vu, à ce qu’il parait, un tel amateurisme et de telles incompétences.

   En réalité, LREM a « sélectionné » ses candidats à la députation dans la précipitation en piochant parmi ses militants du moment, peut-être, au minimum les plus actifs et/ou les plus motivés, sans se soucier des compétences, écartant sans doute les caciques, préférant ceux issus de l’imposture appelée pompeusement « société civile ». Le résultat ? On vient de l’évoquer. Bref : sorti de rien, on n’a rien.

   Ce n’est pas que nous sommes béats devant les vieux routiers de la politique, mais la gestion d’un pays comme la France vaut tout de même mieux que ce que le quadra Macron nous sert aujourd’hui.

   Qu’est-ce qu’un élu ?

   Deux choses. D’un part, un « animal politique », non au sens d’Aristote, mais populaire : quelqu’un qui connaît les ficelles de la politique, qui se construit des réseaux d’affidés pour se maintenir en place et préparer sa réélection.

   Mais aussi, d’autre part, quelqu’un qui sait de quoi il parle quand il évoque l’aménagement du territoire ou la défense nationale, parce qu’il participe, aussi, régulièrement qu’il le peut, aux travaux des commissions dans lesquelles il siège à l’Assemblée nationale, ès qualités. Et de même aux sessions parlementaires. C’est là que l’expérience « professionnelle » reprend du sens pour un député ou un sénateur.

   On pouvait certes jadis assister à des séances parlementaires houleuses mais sans doute pas ubuesques, comme on vient de le vivre.

   On peut alors se demander si la jeunesse, en l’occasion, est une qualité… Œdipe a été roi. Mais à quel prix !

 

Publié le mercredi 9 août 2017.