Environnement à Wallis-et-Futuna: des demi-mesures.

Sacs de caisse prétendument à "usage unique".

   Dans la mythologie grecque, Déméter[1] ou, selon l’étymologie, « la Mère de la Terre », est la déesse de l'agriculture et des moissons. Hésiode en fait une fille des Titans Cronos et Rhéa, et notamment la sœur d’Hadès, Poséidon et Zeus, et la mère de Perséphone.

   Nous ne savions pas que le culte de Déméter était encore pratiqué de nos jours, particulièrement à Wallis et Futuna. Ses mystères, selon Hésiode encore, se tenaient au lac de Lerne en Argolide. Ici, c’est sans doute sur les rives de notre lagon.

   Des décisions idéologiques.

   Toujours est-il que suite à trois délibérations de l’Assemblée territoriale, adoptées lors de la session budgétaire de 2016, le Préfet les a rendues exécutoires début 2017. Elles consistent en :

  • la création d’une écotaxe sur les canettes en aluminium, les bouteilles en plastique et en verre,
  • l'interdiction de l'utilisation des sacs plastiques de caisse à usage unique,
  • la taxation à l’importation à un taux minoré des appareils électroménagers économes en énergie.

   Le communiqué préfectoral du 15 février 2017 conclut sa relation sur un morceau de bravoure, digne des incantations macroniennes : « La protection de l'environnement et le renforcement des capacités de résilience [Ressort moral, qualité de quelqu'un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre] du Territoire des îles Wallis et Futuna face aux changements globaux exigent une volonté politique sans ambiguïté qui se caractérise à la fois par une forte implication des pouvoirs publics mais également par une évolution des mentalités et des comportements de tous les citoyens ».

   Quelques commentaires s’imposent donc.

  1. Sur l’écotaxe : on va stocker nos cannettes ou nos bouteilles en plastique pour toucher, soit 5 francs par canette et 10 par bouteille.  Nous avons fait ce petit calcul, seulement pour les canettes : pour une moyenne de 5 canettes par jour (bière et soda), cela fait sur un an 1800 canettes soit 9000 francs. Il va donc falloir que nous entassions dans un coin de notre cour petit à petit toutes les canettes dont nous avons au jour le jour consommé le contenu pour 9000 francs à la fin de l’année. Certes, nous n’aurons pas pollué notre île en jetant une canette par ci par là, mais notre jardin… pour 9000 XPF ! Et qui nous réglera ces « consignes » ? Comment ? Nous sommes sûrs que le jeu n’en vaudra pas la chandelle.
  2. Sur l'interdiction des sacs plastiques de caisse à usage unique : il est quand même surprenant, puisque ce sont nos conseillers territoriaux qui ont pris cette résolution, que nos compatriotes élus par nos soins aient oublié que ces « sacs de caisse » justement ne sont pas à usage unique : ils servent de sacs pour déchets ménagers ou de réserve pour les fleurs et les colliers. Ils ont donc une autre utilité dans la maison. Ils ne sont pas à « usage unique » !

   Que recherchent donc nos administrateurs ? Inciter les Futuniens et les Wallisiens, semble-t-il, à trier et ramener leurs déchets aux centres d’enfouissement de Vailepo ou de Moasa « afin d'améliorer leur gestion et ainsi maîtriser leurs impacts environnementaux et sanitaires ».

   Outre le fait que, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, nous allons polluer notre cour avec nos canettes et nos bouteilles en verre ou en plastique pour toucher une misère à la fin de l’année, retour glorieux aux « consignes » que les épiciers métropolitains comptabilisaient encore dans les années 50 pour les bouteilles en verre, le tri sélectif n’a de sens que si, en amont, les déchets sont traités pour être recyclés. Ce qui n’est pas le cas !

   Remarquons que si les canettes de métal étaient, sur les sites d'enfouissement de Wallis et de Futuna, compactées ainsi que les bouteilles en plastique, celles en verre concassées, les papiers et cartons compressés, et tout cela vendu à des entreprises de recyclage, cela diminuerait grandement les frais d’importation en rentabilisant l’utilisation des conteneurs au départ de Wallis, et en résolvant les problèmes d’environnement et de santé publique. Mais cela ne semble pas avoir effleuré l’esprit ni de notre Assemblée Territoriale, ni de notre Administration Supérieure.

   C’est pourtant là une urgence absolue : on ne peut pas continuer à entasser, parce que d’enfouissement il n’y en a pas[2], des centaines de tonnes de déchets ménagers et professionnels : c’est cet entassement qui fait courir à nos deux îles le risque « d’impacts environnementaux et sanitaires » et ce, aujourd’hui, à moyen si ce n’est à court terme !



[1] Cérès chez les Romains.

[2] Et de toute façon, cela ne servirait à rien…