Un président par défaut engendre une présidence défectueuse.

Représentation de Scylla sur un vase grec (Musée du Louvre)

   Nous avons appris, de source sûre, que la « majorité » de l’Assemblée Territoriale et les trois élus nationaux des îles Wallis et Futuna voteraient pour Macron le 7 mai, sans toutefois donner d'autre consigne de vote à leurs électeurs propres.

   Nous ne sommes pas très surpris de cette prise de position. Cette « majorité » composée d'entités individuelles aussi différentes les unes que les autres, sans idées ni projets communs, qui auraient été générateurs d’espoir pour ces îles qui meurent à petit feu, portera ses voix sur un homme à son image, parce que Macon, c’est d'abord une image, essentiellement une image. Beaucoup de choses ont été dites sur la « bulle médiatique » Macron, nous n’y reviendrons pas.

   Mais ce qui nous surprend, c’est que d’abord ce vote « Macron » se présente comme un vote par défaut, un refuge en quelque sorte, pour ne pas voter « Marine Le Pen ». Rien d’autre. C’est une motivation un peu maigre.

   Car, second point, pour ce qu’il en est des convictions, nous en doutons. Qui, parmi ces notables locaux connaît le programme de Macron – 17 pages - ? Qui l’a lu ? Partageraient-ils par exemple sa conception de la famille : « il y a en France plein de familles : il y a des couples de même sexe et des couples de sexe différent, il y a des filiations différentes, et il y a beaucoup d'amour… Deux hommes qui s'aiment et ont des enfants, c'est aussi une famille, deux femmes qui s'aiment et ont des enfants, c'est aussi une famille et (...) leur reconnaître ce droit n'enlève rien à ceux et celles qui n'aiment pas cette idée. C'est leur droit enfin reconnu » (Macron à La Villette, le lundi 1er mai).

   Ont-ils bien compris que les nombreuses exonérations de charges salariales ou de taxe d'habitation, qui menaceront gravement nos assurances sociales (retraite, maladie, chômage) devront être compensées par une inévitable hausse de notre imposition directe (« impôt sur le revenu ») ? Ce qui, à terme, remettra d’ailleurs en question notre propre système fiscal privilégié. Et s’ils avaient lu ces dix-sept pages, ils auraient ainsi compris pourquoi Macron, justement, n’en consacre aucune à la réforme de notre fiscalité sur le revenu.

   Voter Le Pen, c’est risquer une faillite économique à court terme. Le système qu’elle préconise de la double monnaie est une aberration financière irresponsable et catastrophique. Mais voter Macron, c’est courir le double risque d’une banqueroute politique et d’une « chienlit » sociale jamais vues, pour reprendre un mot du Général De Gaulle.

   Nous laissons à votre réflexion celle de deux de nos penseurs contemporains. D’abord Michel Onfray qui n’hésite pas à déclarer que les urnes du PS ont été bourrées lors de la primaire de la gauche pour faire élire Benoît Hamon, le candidat qui a permis de faire fuir les électeurs du PS vers Emmanuel Macron. Hypothèse tout à fait crédible et qui montre bien, si besoin en était, que Macron est le dauphin de Hollande.

   Pour Luc Ferry, « Macron ou la victoire du jeunisme » (Le Figaro, 4 mai 2017), « Macron, dont Attali disait qu’il est le produit ultime du « vide actuel » et Bayrou qu’il est un « hologramme » du monde de la finance, incarne comme nul autre le « jeunisme », cette passion du nouveau pour le nouveau, cet esprit du « bougisme » qui forme la structure d’une économie [du profit] au sein de laquelle la mode n’a en réalité qu’une seule et unique finalité : démoder pour faire acheter. Encore inconnu il y a trois ans, il démode ses concurrents ».

  On a donc le choix entre Charybde et Sylla[1]. Nous ne choisirons ni l’un ni l’autre. Nous avons conservé du premier tour de cette consultation nationale un bulletin « Fillon ». Nous savons comment l’utiliser dimanche 7 mai.

 

 

 Publié le vendredi 5 mai 2017.



[1] Charybde et Scylla sont deux monstres marins de la mythologie grecque, situés de part et d'autre d'un détroit traditionnellement identifié comme étant celui de Messine qui sépare la péninsule italienne de l'île de Sicile. La légende est à l'origine de l'expression tomber de Charybde en Scylla, qui signifie « aller de mal en pis ».