Trappes, ville perdue de la République.

Voile intégral au marché de Trappes. Motif d'une verbalisation en juillet 2013, il avait provoqué les premières émeutes en lien avec une contestation religieuse en France.

   Le matin du 27 avril 2017, une opération a été menée par la DGSI appuyée par le Raid à Trappes dans les Yvelines, sur la réquisition du Parquet de Paris. Quatre personnes, qui cherchaient à se procurer des armes selon un renseignement de la Cellule antiterroriste du PdP, ont été interpellées et mises garde à vue.

   Cette arrestation, qui d’ailleurs n’a rien à voir avec la récente attaque des Champs-Élysées ou les deux arrestations à Marseille, nous rappelle cependant qu’avec sa cinquantaine de départs en Syrie recensés, Trappes, que les services de renseignement surnomment « Trappistan » ou « le Molenbeek français », nous envoie dans un autre monde, celui du communautarisme religieux qui est à l’origine des « Territoires perdus de la République », pour reprendre le titre d’un livre d’Emmanuel BRENNER, paru en 2015.

   « Trappes-en-Yvelines ».

   C’est ainsi que le maire PS de la ville de Trappes[1], M. Guy Malandain – Benoît Hamon étant le député de cette 11e circonscription des Yvelines - a rebaptisé sa commune afin de lui donner un air plus rupin…

   C’est que l’on se plaît, dans cette Mairie, à rappeler que Trappes n’a rien d’un ghetto urbain, au contraire. Elle est à la fois une ville nouvelle, le cœur de l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, avec ce que cela suppose de liens à la métropole (Montparnasse et la Défense sont à 35 minutes) et de dynamisme économique. 

   C’est aussi une carte postale de la rénovation urbaine. Dans le quartier des Merisiers, les "squares", appellation locale pour les cités HLM, laissent la place à des ensembles neufs présentant tous les aspects d'une « ville moyennement huppée des Yvelines », comme on le souligne au cabinet du maire.

   Ainsi Trappes bénéficie de toute la panoplie des dispositifs de politique de la ville prévus par la loi : 350 millions d'euros ont donc été consacrés à la rénovation urbaine, à la création d’une zone franche urbaine et de réseaux de réussite scolaire.

    Vendredi 19 Juillet 2013…

   Ce tableau idyllique, ou presque, a été vandalisé le 19 juillet et surtout les jours suivants. Aux Merisiers, secteur défavorisé de Trappes que longe la rue Eugène-Pottier, Cassandra venait d’être interpellée pour port du voile intégral. « On n’est pas à Kaboul ! », se serait alors écrié le policier chargé du contrôle d’identité, avant que Mickaël, le mari de Cassandra, tente de l’étrangler.

   La suite ? Trois nuits d'émeutes. Des séquences sporadiques mais intenses de guérilla urbaine, avec échange de lacrymogènes et de mortiers d'artifice. Bilan : trois émeutiers condamnés à des peines de six à dix mois de prison, un adolescent gravement blessé, des Abribus détruits et une population durablement marquée.

Le sens de ces manifestations violentes n’échappera à personne, sauf à la Mairie et au Député… Trappes, c’est 32 000 Habitants, mais cinquante nationalités différentes dont près des trois quarts sont de confession musulmane, deux églises mais cinq mosquées dont la mosquée En-Nour, square de la Commune de Paris, proche des Frères musulmans. C’est encore 60 à 80 jeunes partis en Syrie[2], dont onze d’entre eux auraient été tués.

   « À Trappes, l’islamisme a vaincu la République »

   … écrit Solange BIED-CHARRETON, dans « Valeurs-Actuelles », le 19 janvier 2017. Le cri d’alarme n’était pas passé inaperçu. « Aujourd’hui, à Trappes, la République a totalement disparu. Vous avez une ville qui est gouvernée par des islamistes, des djihadistes, des Frères musulmans, des salafistes. […] C’est terrible », tempêtait Alain Marsaud, député Les Républicains des Français de l’étranger et ex-juge antiterroriste, réputé pour son franc-parler, 􀁾n juillet. « Mensonge, diffamation, outrance, mépris », réagissait aussitôt son collègue PS de la circonscription concernée des Yvelines et ancien conseiller municipal de Trappes, Benoît Hamon.

   Pourtant, les services de l’État ont eux-mêmes sonné l’alerte. Un rapport o􀁼ciel, adressé par une autorité judiciaire à Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, dresse ainsi le constat d’une ville à la dérive. Les Yvelines sont historiquement le berceau du radicalisme en France, né il y a environ trente ans aux Mureaux. « Le véritable problème […] est celui de la lutte contre la radicalisation générale et le communautarisme exclusif, indique le document confidentiel, consulté par Valeurs actuelles. À cet égard, si la radicalisation et le communautarisme rampants gagnent petit à petit l’ensemble du territoire, […] c’est l’évolution de la ville de Trappes qui concentre les inquiétudes… »[3].

    « Ce n’est pas moi : c’est ma sœur… ! »

   Au lendemain des émeutes de juillet 2013, un animateur – musulman – municipal dénoncera la faillite d’une école républicaine incapable d’éduquer la jeunesse de Trappes, donc indirectement ayant une part de responsabilité dans ces événements dramatiques.

   La dimension dérisoire de l’argument nous incite cependant à produire deux réflexions.

   La première veut que l’École républicaine, « laïque, gratuite et obligatoire » …, celle voulue par Jules Ferry qui désirait, dans sa Lettre aux Instituteurs du 27 novembre 1883, que le maître soit celui qui transmet les valeurs morales de la société, l’école publique formant des citoyens tandis que l’école confessionnelle formerait des « prêtres ». On ne peut pas dire que depuis trente ans, et sans doute déjà depuis 1968 avec la loi Faure, que l’École se soit beaucoup souciée de cette mission socialisante. Et avec ce quinquennat hollandais, ça ne s’est pas arrangé. De ce point de vue, l’animateur de Trappes a raison, même si les « Frères musulmans » y ont une autre part de responsabilité.

   La seconde nous renvoie à ce fameux « vote musulman », courtisé par les politiques, quels que soient leurs couleurs. La preuve en est que Trappes, à travers sa publication « La Gazette des Marmitons » qui informe les parents qui laissent leurs enfants à la cantine scolaire des menus servis, il est prévu un « plat de substitution » lorsque du porc est ordinairement servi : « Quand de la viande de porc est inscrite au menu un plat de substitution est systématiquement proposée ». Mais quel est le résultat de ce clientélisme ? Des quartiers, des banlieues, des villes qui échappent à la République, mais pas aux Frères musulmanes et à leurs séides.

   Qui fera respecter la République le 8 mai 2017 ? Qui la restaurera là où elle est pour l’instant perdue ?

                                                                                                                           

 Publié le lundi 1er mai 2017.

 


[1] Qui succéda en 2002 à Jacques Monquaut, (PCF). La ville était un bastion communiste depuis la Libération.

[2] France-Inter, 29 avril 2016.

[3] « Valeurs actuelles », Amaury Brelet, vendredi 2 septembre 2016.

En France, tout finit par des chansons. Voici donc "La femme grillagée" de Pierre Perret.