L’épicerie « MACRON, Père et Fils ».

Jeudi matin, 27 avril, Marine Le Pen était avec les marins pêcheurs du Grau-du-Roi (Gard). L'après-midi, Emmanuel Macron est allé à la rencontre des jeunes de Sarcelles (Val d'Oise).

   Alors que quasiment tous les candidats du premier tour des Présidentielles avaient publié leur programme dans les trois mois le précédant, Macron attendit début mars pour produire le sien. Qui l’a consulté ?

   Malgré les titres des chapitres qui le composent, la lecture de leur contenu laisse pantois : à côté de mesures économiques douteuses sur lesquels nous allons revenir, on trouve au détour d’une ligne le souci des « perturbateurs endocriniens » ou l’interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires. Sans compter le « mois citoyen », avatar de l’ancien service militaire obligatoire, dont les principaux intéressés, les Militaires, trouvent la proposition aussi chère que stupide, la condamnation des incivilités ou encore le « droit à l’erreur »…

   Des propositions économiques surréalistes.

  « Nous améliorerons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs » dit Macron : il supprimerait donc les cotisations salariales des salariés, des indépendants et des fonctionnaires, augmenterait le SMIG de 100 € mensuels, remplacera le CICE par une baisse des cotisations patronales entre 6 et 10 points annuels, soit 1800 € annuels d’économies par mois pour un employé payé au SMIG.

   Enfin, Macron propose de créer des « emplois francs », c’est-à-dire « d’embaucher des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville ». Ces emplois aidés seront soutenus à hauteur de 15 000 € sur trois ans, comme si, dit Macron, « l’entreprise ne payait plus de charges ».

   Il propose aussi d'exonérer de la taxe d’habitation quatre ménages sur cinq, d’ici 2022, étant entendu que « l’État remboursera entièrement auprès des communes leur manque à gagner, à l’euro près [sic], en préservant leur autonomie fiscale », ce dernier point étant sujet à caution puisque l’état macronien aura particulièrement rétréci le périmètre fiscal des collectivités concernées.

   Enfin, Macron étendra l’assurance chômage à tous les travailleurs, y compris et surtout les indépendants et augmentera le « minimum vieillesse » de 100 € mensuels.

   Question…

   Tout le monde sait, mais à ce qu’il ne nous semble pas Macron, que les cotisations sociales des travailleurs et du patronat sont essentiellement destinées à payer les assurances, chômage, maladie et retraite. Or le trou de la Sécu pour 2017, malgré qu’en ait Marisol Touraine, est de 7,1 milliards d’euros. Et sa dette cumulée, appelée pudiquement « dette sociale, ressort à 156 milliards d’euros.

   Alors qui va payer la facture, c’est-à-dire les retraites ou l’assurance maladie, et l’assurance chômage, si ce ne sont ni les travailleurs, ni les patrons ?

   Certes Macron envisage « d’imposer les grands groupes de l’Internet sur leur chiffre d’affaires réalisé sur notre sol ». Il va aussi exiger des différentes administrations qu’elles fassent « 60 milliards d’économies, en responsabilisant les ministres sur leurs objectifs de réduction des dépenses ».

   Mais ce ne sera pas suffisant, loin s’en faut ! Car Macron, dans son programme d’épicier, ne consacre pas une seule ligne à la fiscalité directe, c’est-à-dire à l’imposition sur le revenu, sauf sur la taxe d'habitation mais qu’il envisage de supprimer pour 80% des français. Et rien non plus sur la fiscalité indirecte, la TVA. En d’autres termes : il charge la ligne des dépenses et n’abonde pas celle des recettes.

   C’était quoi, son métier avant ? Banquier d’affaires ? Il travaillait avec Kerviel ou Soros ?

   Réponse : vous l’avez, la réponse !

   « Il n’y a pas de culture française ».

   À Lyon le dimanche 5 février, Macron a lancé, sans sourciller : « Il n'y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse ».

   Cette citation comprend trois éléments. Le premier : « Il n'y a pas de culture française » qui est, évidemment une contre vérité. Le deuxième : « Il y a une culture en France », ce qui est apparemment en contradiction avec l’assertion précédente, sauf que l’indétermination nous renvoie à une incertitude. La dernière : « Elle est diverse » nous dit que cette « culture en France » est en réalité multiple, ce qui nous renvoie immédiatement au multiculturalisme donc à son corrélat sociologique, le communautarisme.

   Afin de d’expliquer sur cette phrase polémique, pour le moins que l’on puisse dire, Macron a publié dans le Figaro du 16 mars une tribune intitulée : « pour quoi nous sommes un peuple ». Il précise don sa pensée sur ce point : « Alors que depuis toujours notre culture prétend à l'universel, ils l'ont réduite à une lignée. Alors qu'elle n'a cessé de donner aux individus les moyens de leur autonomie, ils l'ont enchaînée à une religion. Alors qu'elle s'est bâtie dans la richesse des formes et la pluralité des arts, ils l'ont rétrécie à un étroit corpus d'œuvres et d'auteurs ». Et un peu plus bas : « Le fondement de la culture française, c'est une ouverture sans pareil… La culture française est un fleuve nourri de confluents nombreux, la rencontre de la tradition et de la modernité ». Enfin : « Ce que nous avons en commun, ensuite, c'est l'héritage culturel de notre pays. Autant je veux lutter contre une conception de la culture comme identité qui exclut, comme monde fermé aux autres, autant je voudrais redire aux Français qu'ils doivent être fiers de leur héritage ».

   En dehors du fait que la cohérence de la pensée macronienne nous échappe quelque peu, deux questions nous viennent à l’esprit :

  1. D’où Macron tire-t-il qu’une culture est dénuée de religion ? Concevrait-on la culture grecque sans son panthéon olympien ? Ou la culture chinoise sans le bouddhisme confucéen ? Que serait la culture hébraïque sans son monothéisme jéhovique ? Et même la culture moyen-orientale sans Mahomet et l’Islam ?
  2. Que serait une culture, quelle qu’elle soit, sans son « étroit corpus d'œuvres et d'auteurs » ? Et Macron de préciser un peu plus bas : « Le fondement de la culture française, c'est une ouverture sans pareil… » Ce qui a fait dire à Alain Finkielkraut que Macron était pour une « culture du trou ». Raccourci saignant et excessif, nous en convenons, mais Macron nous dit entre les lignes que toute culture se dissout dans celles qu’elle rencontre. Sottise : elle s’en nourrit, assimile ce qui lui est nécessaire et oublie le reste.

   Concluons.

   L’incohérence économique du « programme » du « télévangélique » Macron, le réel danger qu’il présente pour notre identité nationale, même si, par ailleurs, il déclare vouloir combattre les factions communautaristes, nous laissent sceptique.

   Pour autant, le programme de Marine le Pen ne sous séduit pas plus, notamment dans sa dimension européenne, ignorante consciemment de notre histoire commune, au moins celle des trente dernières années, même si tout n’est pas comme vous le voulions. Les lois sont humaines et comme telles non immuables. Tout peut être éventuellement renégocié mais passé par pertes et profit n’est ni sérieux ni souhaitable.  Quant aux thèses économiques du FN, leur irréalisme nous laisse pantois.

    Peu importe : nous n'éviterons pas Charybde pour nous briser sur Scylla.

   Nous abstiendrons donc au second tour, mais devant tant de trahisons, après cette machination indigne fomentée contre Fillon par Hollande et acceptée par Macron et même par certains poids lourds de la Droite et du Centre, devant toutes les incertitudes et les dangers hélas certains que Macron représente, nous comprendrons que certains soient tentés par un vote différent…

 

Publié le vendredi 28 avril 2017.