Macron lit mais ne comprend pas ce qu’on lui a écrit dans son programme

M. Macron à Grenoble, au soir du 14 avril 2017.

   Ce vendredi 14 avril, le pupitre et les drapeaux ne pouvaient plus rien pour lui. M. Macron s’est effondré tout seul, en direct.

   Au QG de Macron, entre la machine à café et le distributeur de lait de soja, il y a, paraît-il, un mur tapissé de caricatures du candidat. On est bien dans l’esprit start-up, débordant d’autodérision. Mais, depuis une semaine, ce « mur des cons » auto-ironique s’est dangereusement peuplé, et on rit beaucoup moins en sirotant son petit jus bio devant les écrans et les courbes.

   On imagine même que ce mur est devenu un véritable grand écran, car les versions numériques des macroneries s’accumulent ! Il y a, bien sûr, le clip des jeunes En marche ! En voiture, la photo en avec Brigitte, les off de Beur FM. Mais on pouvait se dire qu’il s’agissait là d’une simple déroute de la com’ d’un candidat qui avait beaucoup trop misé sur elle. Si le candidat revenait sur le terrain du discours politique traditionnel, du programme, on parviendrait de nouveau à l’arrimer et à arrimer les électeurs qui s’en vont. Du fond, quoi, du fond, enfin (mais n’est-ce pas bien trop tard ?) pour éviter de toucher le fond.

   Donc, vendredi 14 avril, M. Macron présentait son programme sur l’enseignement supérieur. Si M. Macron a le droit de ne pas être très au clair, vu son parcours et son inexpérience, sur les questions de sécurité ou d’agriculture, on se disait que, dans ce domaine-là, lui l’énarque, lui le candidat des jeunes bobos, lui qui bénéficie minute par minute des conseils de son ancien professeur, il allait être brillant, précis, innovant pour parler de l’avenir des universités et des grandes écoles. Et là, stupeur : M. Macron, en direct, lit un discours abscons auquel on ne comprend rien. Et lui non plus ! Le spectateur s’en rend compte. Et l’orateur, derrière son pupitre flanqué des drapeaux français et européen, est contraint de s’interrompre pour le reconnaître, tout sourire : « Ces nouveaux modèles de gouvernance pourront être mis en place à l’initiative des acteurs eux-mêmes et assureront une plus grande souplesse (je vous lis ce qu’on m’a mis – rires -) dans la composition des instances dirigeantes et dans les modalités d’organisation internes (bon, initialement je n’ai pas compris cette phrase – gros rires – en gros, ça veut dire, parce que, euh, moi, la relation que je veux instaurer avec vous, c’est plutôt une relation de clarté, pour qu’on puisse agir efficacement – gros, gros rires ! - ). »

   Nous aussi, nous avons ri. Mais nous avons surtout été très mal à l’aise devant autant d’incompétence (au sens premier), mais aussi de désinvolture, et en refermant la vidéo, comme des centaines de milliers de Français, nous avons définitivement déchiré le bulletin Macron qui traînait encore dans un recoin de notre tête.

   Un candidat se doit d’avoir des conseillers, des plumes, d’être abreuvé de fiches, de mémoriser les chiffres, les idées, de s’imprégner des questions qu’il ne maîtrisait pas initialement. C’est la règle. C’est le b.a.-ba de l’ENA même. Cela ne suffit pas à faire un Président. Mais l’incapacité à maîtriser ces codes basiques à une semaine de l’élection laisse pantois et suffit à disqualifier un candidat.

   Ce vendredi 14 avril, le pupitre et les drapeaux ne pouvaient plus rien pour lui. M. Macron s’est effondré tout seul, en direct, sur un sujet et devant un public qui auraient dû lui être acquis. Impressionnant, d’assister ainsi à la mort en direct d’un apprenti président…

 (c) Boulevard Voltaire _ 17/04/2017
 
 
 
Redirigé et publié ce lundi de Pâques, 17 avril 2017. http://www.bvoltaire.fr/macron-lit-ne-comprend-quon-lui-a-ecrit-programme/
 

Macro ou l'art du flou

18. Avril, 2017

En marche ! comment ça marche ?

À part Emmanuel Macron, nul ne connaît le mode d’emploi du mouvement qu’il a créé. Si on le comprend bien, il s’agirait de réunir ceux qui sont à droite du Parti socialiste et ceux qui sont à gauche des Républicains pour que la France soit sauvée. Les uns ajoutés aux autres constitueraient aux législatives de juin - si Macron devait gagner - une majorité capable de tenir tête aux assauts conjugués de la droite, du Front national, d’une partie du PS et de la gauche de la gauche. Croisons les doigts…

De François Hollande, son mentor, Emmanuel Macron a hérité une ou deux qualités et d’innombrables défauts. Et en premier lieu, une grande attirance pour le flou. Lequel, comme on l’a vu entre 2012 et 2017, garantit à celui qui en abuse des lendemains qui déchantent. Or, chacun voit bien que la popularité d’Emmanuel Macron vient précisément du flou qu’il suscite, notamment sur deux sujets capitaux : l’identité de la France, d’une part, et sa capacité à relever le défi économique de la mondialisation, d’autre part.

Sur l’un et l’autre sujets, Emmanuel Macron nous propose la solution fallacieuse du « mais en même temps ». C’est son expression fétiche ! De quoi s’agit-il ? D’affirmer, comme il le fait, qu’« il n’y a pas de culture française », mais qu’« en même temps » il y en a une. De constater que tout le corps économique et social du pays est trop corseté, mais qu’« en même temps » il faut écouter ceux qui réclament le statu quo. Immobilisme assuré. Car même chez les « marcheurs », de Manuel Valls jusqu’aux recrues de la droite, sur toutes ces questions essentielles, le débat va et ira bon train.

En même temps, pourquoi Emmanuel Macron dirait-il autre chose ? François Hollande a gagné en 2012 en usant de tous ces artifices. De ce point de vue, le leader d’En marche ! aurait tort stratégiquement de se priver d’une facilité qui connut le succès électoral que l’on sait.

Mais l’Histoire est cruelle. Cinq années durant, son parrain en politique n’a jamais trouvé le mode d’emploi de la majorité qu’il s’était inventée. Emmanuel Macron veut s’en inventer une autre, faite d’autant de paradoxes et d’autant de contradictions. S’il devait être élu, cela ferait dix années de paralysie.
PAUL-HENRI DU LIMBERT © Le Figaro 18 avril 2017