Lettre ouverte à M. le Président de l’Assemblée Territoriale de Wallis-et-Futuna.

   Monsieur le Président,

   J’ai suivi mardi matin 4 avril avec curiosité mais aussi suspicion votre élection à la présidence de l’Assemblée Territoriale récemment sortie des urnes.

   Ma curiosité portait d’abord sur la répartition des tendances politiques de cette société élective et, par tant, sur la composition de son éventuelle majorité. Lorsque le journaliste nous a appris qu’onze Conseillers venaient d’entrer dans l’hémicycle de Havelu, j’ai comme tout le monde tout de suite compris qu’il y avait bien une majorité numériquement significative qui allait « diriger » la nouvelle assemblée.

   Curiosité encore portant sur le choix du nouveau président : ce fut vous, l'heureux élu. Et comme vous étiez onze et que onze voix se sont portées sur votre nom, j’en déduis sans bonheur que vous avez voté pour vous même, comme vos trois collaborateurs aussi… Que risquiez-vous de ne pas le faire ? Dix suffrages vous seraient restés, puisque votre opposition n’a même pas daigné siéger. Mais souvenez-vous, Monsieur le Président : « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ! ».

   D’où vient alors mon inquiétude ? De la composition de votre majorité. Jugez-en plus tôt :

  • trois « Les Républicains », qui auraient mis leur étiquette dans leur poche, selon la rumeur,
  • Quatre centristes dits encore « non-inscrits » (chez moi on appelle ça des « girouettes »),
  • Trois « « divers gauche »…

   Dont vous faites partie avec M. le Député et sa seconde de liste. Ce qui me gêne beaucoup c’est que vous fûtes élu jadis en 2012 avec des voix de droite, bien que candidat « non-inscrit », comme ce fut le cas un an plus tard pour votre successeur, mais en sous mains soutenu par l’UMP de l’époque. On connaît la suite : elle ne fut pas glorieuse… Et sans grande efficacité. Même si je dois mettre à votre actif, lors de votre passage éclair à l’Assemblée nationale, la mise en place de la péréquation des tarifs de l’électricité. Pour la suite, on est resté sur notre faim… On n’est pas loin d'emploi fictif.

   Ce qui m’inquiète donc, c’est la rencontre fortuite et purement factuelle, de pures convenances, produit sans doute d’un calcul machiavélien dont la logique m’échappe, de onze entités subjectives voire singularisées par des programmes électoraux quasi aux antipodes les uns des autres. Un peu comme, dans la 3e République, les majorités gouvernementales se construisaient au gré de la distribution des maroquins. Finalement, n’est-ce pas ainsi que vous vous êtes retrouvé Président ?

   J’en viens au dernier point qui m’inquiète encore plus, si ce n’est me désespère. Votre « majorité » a-t-elle un programme, c’est-à-dire plus précisément un ensemble de propositions propres à créer des emplois pour éviter notre dépopulation ou pour achever l’aéroport de Vele, par exemple ? Et bien d’autres choses concrètes, bien éloignées des propositions irresponsables et des phrases verbeuses qui émaillent à souhait les discours électoraux.

   Je serais curieux, pas le seul, à savoir quels sont les projets concrets à court terme, de votre « majorité » pour nos deux îles, vu que de l’autre côté, il ne faut malheureusement pas en attendre grand-chose (quatre Wallisiens, et cinq Futuniens « identitaires » bien décidés à faire bande à part)[1].

   Je ne me fais aucune illusion. Pas grand-chose les années passées ? Autant demain : s’il y a neuf nouveaux, il y a tout de même onze anciens, ce qui augure mal de l’avenir, les forces d’inertie étant plus puissantes que les forces motrices.

   Il est vrai que vos soucis ne vont pas durer longtemps : à la fin de cette année, vous serez béni des dieux si vous vous succédez. C’est tout le malheur que je vous souhaite.

   Je formule des vœux pour le succès de votre entreprise, même si elle risque d’être courte.

   Avec tous mes respects.

 

L’imprécateur des Outre-Mers.

 
Publié le mercredi 5 avril 2017, de la cinquième semaine de Carême.

[1] « Opposition » qui se double d’une dyarchie à la fois coutumière et géographique.

7. Avril, 2017

Un recours en annulation douteux

Au lendemain de l’élection du Bureau de la nouvelle Assemblée Territoriale issue des urnes quelques jours plus tôt, nous avons tous constatés l’absence de neuf Conseillers, dits d’opposition – en fait quatre Wallisiens et cinq Futuniens, ces derniers souhaitant, à ce qu’il semble, créer un groupe propre -, absence mal vécue par une partie de notre population.
Ces neuf Conseillers ont alors décidé, le lendemain, de déposer devant le Conseil d’État un recours en annulation contre l’élection la veille du Président de l’Assemblée et de ses trois premiers collaborateurs au motif que le règlement intérieur de l’Assemblée n’avait pas été respecté, l'article 3 dudit règlement ( ?) stipulant que l’Assemblée, en sa séance inaugurale, devait être présidée par le doyen d’âge secondé par le plus jeune comme secrétaire.
Le texte qu’on nous a présenté, lu ainsi, comprend l’Assemblée en sa première session in abstracto, c'est-à-dire composée - sur le papier en quelque sorte - de ses vingt Conseillers, quelle que soit la situation in concreto de la séance inaugurale.
Nous n’avons pas eu ce texte sous les yeux et ne l’avons trouvé nulle part sur la toile. Par contre, nous sommes en possession de la délibération 04 de l’Assemblée territoriale du 18 janvier 1999 « portant règlement intérieur de l’Assemblée territoriale » qui stipule en son article 6 :
« Aussitôt après l’ouverture de la session budgétaire et après l’ouverture de la session qui suit le renouvellement partiel ou intégral de l’Assemblée Territoriale, celle-ci procède à l’élection de son bureau sous la présidence du plus âgé des membres présents, le plus jeune conseiller présent faisant fonction de secrétaire ».
L’article 45, en son premier alinéa, définit le quorum de l’Assemblée :
« L’Assemblée Territoriale ne peut délibérer que si la moitié des membres dont elle est composée plus un est présente ».
Ainsi, selon ce texte, le 4 avril 2017, onze conseillers ont siégé : quorum atteint. Le plus âgé des membres présents a présidé la séance inaugurale, le plus jeune des « présents », en l’occurrence « la » plus jeune, en a été la secrétaire. Le règlement intérieur du 18 janvier 1999 a donc été respecté.
Rappelons encore, quels que soient les textes de référence, qu’une pratique constante dans toutes les assemblées, peu importe leur nature, comprend le quorum comme la moitié des membres de droit plus un. C’est à ce titre que sa tenue reçoit sa légitimité.
Ce qui fut le cas pour celle de l’Assemblée Territoriale le mardi 4 avril, à 10 heures.
Il nous étonnerait fort que le Conseil d’État ait une autre lecture de ces textes.