La résurrection de Lazare (Jean, 11, 1-45).

Image extraite du film de Mel Gibson, "La passion du Christ" (2004).

   Évangile de Jésus Christ selon saint Jean, chap. 11 (1-45): la résurrection de Lazare.

  • En ce temps-là, Marie et de Marthe, les deux sœurs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »  … À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. …Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » … Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

   Ce texte célèbre de l’évangile de Jean, donné ici sous son mode liturgique de « lecture brève » (intégralité : versets 1 à 45) marque les esprits.

   D’abord parce qu’il s'agit d’une résurrection, celle de Lazare. Le texte de Jean, choisi par les liturgistes pour précéder le dimanche des Rameaux, symbolise et préfigure à l'évidence la résurrection du Christ qui, dans la liturgie catholique, interviendra deux semaines plus tard.

   Le symbole est d'autant plus fort que la résurrection de l’ami du Christ, frère de Marthe et de Marie – cette dernière prétendue à l’origine d’un évangile apocryphe qui porte son nom, et aussi la « femme aux parfums » de Jean, 12, 1-11-, semble impossible : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là ». Et pourtant : « [Jésus] cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire ».

   Notre peur naturelle de la mort, notre crainte des ténèbres du néant, tissent pour nous un paysage sombre et pesant que cette résurrection de l’ami de Jésus va bouleverser.

   Jésus est ému devant la dépouille de son ami : « Jésus en son esprit fut saisi d’émotion, il fut bouleversé » (11, 32), et encore : « Alors Jésus se mit à pleurer » (11, 35), et « Jésus, repris par l’émotion » (11, 38), autant de précisions qui témoignent des liens sensibles qui unissent le Christ à la famille de Lazare, révélant pleinement l'accomplissement du mystère de son incarnation.

   Mais cet évangile, chargé de réalisme sur la fin de toute chair, « Seigneur, il sent déjà », témoigne, à travers la dureté du propos, de l'importance de ce qui se produit : l'avènement à la vie éternelle. Lazare, fidèle à Dieu, renaît des mains de Jésus. Parce qu'il a cru, la mort ne l'a pas atteint dans sa plénitude et l'emprise de la chair évoquée par saint Paul (Romains, 8, 8-11) n'a pas eu de poids face à celle de l'Esprit, dont la grâce libère de toute pesanteur, comme l’a si bien analysé Simone Weil : « Tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception » (La pesanteur et la Grâce, 1947).

   « La résurrection de Lazare, pour incroyable qu’elle soit, fait signe vers la vie. Nous permettra-t-elle de ne pas désespérer de la mort de Jésus et d’espérer un passage ? Sera-t-on au bout de l’horreur ? C’est possible ! La résurrection de Lazare nous invite à faire de notre mort, aujourd’hui, les cendres d’un feu nouveau, à faire de l’horreur du mal et de la mort le lieu de notre engagement pour la vie » écrit le père Patrick ROYANNAIS.

 

Publié le lundi de la 5e semaine de Carême 2017.