Paris tue « père » et « mère » pour « parent 1 » et « parent 2 »

La Sainte Famille avec sainte Élisabeth et Jean-Baptiste, peinture de Raphaël.

   Il ne sera bientôt plutôt possible d’être « père » ou « mère » à Paris, capitale de la France. Du moins officiellement. Le Conseil de Paris a adopté un vœu qui vise à remplacer ces termes sur les formulaires de demandes d’actes d’état civil[1].

   Par l’adoption à l’unanimité du vœu de Danielle Simonet, oratrice de La France insoumise et députée du 20ème arrondissement, la Ville de Paris va changer les formulaires de demandes d’actes d’état civil. Les mentions « père » et « mère » seront désormais remplacées par « Parent 1 » et « Parent 2 ».

   Parent outragé, parent brisé, parent martyrisé mais parent…

   On découvre par la voix de l’initiatrice de cette modification, que La France insoumise l’est aussi devenue aux différences sexuelles qui, jusqu’à présent, distinguaient un père de sexe masculin, d’une mère de sexe féminin. Position qui semble partagée par la totalité des membres du Conseil de Paris lesquels prendraient la chose comme une simple conséquence de la loi Taubira (23/04/ 2013) ouvrant « droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels ».

   Que la désignation de P1 et P2 puisse être la source de conflits sur le dos de l’enfant des couples homosexuels, qui en 1, qui en 2, n’est pas ici la question.

   Ce qui fait plus que question, c’est l’extension de cette mesure administrative aux couples hétérosexuels, s’il en demeure encore quelques-uns à ne pas trop douter d’une sensible différence entre un homme et une femme.

   Qui porte la moustache ?

   Quant à l’enfant déclaré libre de son identité sexuel – le contraire serait discriminant – il pourra toujours se dire enfant de « P1 » et de « P2 ». Pour les un.e.s., P1 pourrait être celui qui a une moustache, et P2 qui n’en a pas, ou l’inverse, ou à tour de rôle. Il n’y a pas de limite au libre consentement qui ne soit l’effet d’une méchante tradition dominante.

   En effet comme l’écrivent trois collègues psychanalystes dans Le Figaro Vox du 18 avril : « Nous admirerons la volonté, audacieuse et risquée, d’instituer en destituant ». D’instituer une égalité des individus en niant toute subjectivité, et de destituer l’inconscient de son rapport au corps bien antérieur aux mesures de la Ville de Paris.

   Parent 1 + Parent 2 = Parent 3 ?

   Allons plus loin : si nous considérons comme additives les fonctions P1 et P2, nous pouvons en déduire que P1 + P2 = P3. L’État civil des intéressés peut alors être simplifié, car P3 répond à toutes les situations. On ne voit pas pourquoi on perdrait du temps et de l’espace digital si précieux en mentionnant les noms de P1 et de P2. D’autant plus que chacun est libre de changer de nom et de sexe selon son inspiration du moment. Ergo, P3 est une indication qui se suffit à elle-même.

   Encore une belle économie pour Anne Hidalgo, notre maire à tous, qui en a tant besoin.

   Commentaire de l’Imprécateur.

   C’est le décret du 20 septembre 1792 qui institue l'état civil en France. Dans les décennies précédentes, c’est à l’Église, plus exactement aux paroisses et à leurs curés que revient la tenue des documents civils et ce, officiellement, depuis le concile de Trente, qui stipule que l'autorité religieuse tiendra des registres paroissiaux, dans lesquels seront inscrits les baptêmes, les mariages et les sépultures.

   Mais l'acte officiel instituant la tenue obligatoire de « registres des baptêmes » date de 1539. C'est l'ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par François 1er. L'enregistrement des mariages et sépultures est imposé à partir de 1579 par l'ordonnance de Blois. L’édit de Louis XIV d’octobre 1691 crée le corps des greffiers de l’état civil, chargés de gérer les archives en recevant une copie du registre paroissial chaque année. Ils sont par ailleurs habilités à délivrer des extraits des actes mentionnés dans ces registres. Ainsi, un acte de baptême stipule-t-il, hier comme aujourd’hui, la date de naissance (réelle ou supposée…) du baptisé, les noms de ses pères et mère ainsi, évidemment que ceux de ses parrain et marraine.

   Ce petit rappel historique n’a pas pour but d’étaler notre science comme de la confiture (fabricant : Wikipédia…) mais de rappeler que légalement, la notion de père/mère ne date officiellement pas d’hier. Au demeurant, la Bible elle-même y fait constamment référence, par exemple à propos de la naissance d’Isaac.  Mais évidemment aussi la Sainte famille…

   Mais il y a autre chose. Toute notre psychologie humaine se construit sur cette dualité primaire et génitrice : père/mère. La fille, double de la mère, tempère l’influence de sa génitrice par l’étrangeté de son géniteur. Et réciproquement pour le fils. Tout autre schéma psychologique qui ne s’appuierait pas sur ce dualisme complémentaire sera source de troubles pathogènes ultérieurs et d’errances sociales insurmontables.

   Cette décision stupide du Conseil de Paris – le texte dit « votée à l'unanimité » : quid de l'opposition de droite ? – veut en haussant au niveau de la loi le désir des individus faire du particulier l'universel. Mais surtout, en tirant un trait sur une tradition historique quasi bimillénaire, contrer une société qui s’y appuie et une nature qui se rebelle.

   Non, Mme Hidalgo, votre Conseil, en forçant ainsi, par une décision administrative parricide, tant la nature que la société, ne pourra pas faire oublier qu’il n’y pas d’autre filiation que celle assurée par le modèle familial ancestral, en dehors duquel toute procréation envisagée ne peut être qu’artifice ou illusion.

 

Relayé à partir de © Causeur du 23 avril 2018, Marc Nacht, et rédigé le mardi 24.



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