O tempora, o mores…

Photo extraite du film d'André Cayatte (1971): "Mourir d'aimer" avec Annie Girardot et Bruno Pradal.

   Cette expression d’origine latine nous vient des « Catilinaires » de Cicéron et se traduit par « Quelle époque ! Quelles mœurs ! ». Elle exprime une indignation, ironique, vis-à-vis des mœurs de l’époque contemporaine de son locuteur. Mais elle est fort à propos, pour ce qui va suivre, l’ironie conservée, avec amusement.

   Emmanuel vs Brigitte.

   M. Emmanuel Macron, le chouchou des médias parce qu’il est jeune – le plus jeune des candidats à la présidence de la 5e République, puisque âgé de 40 ans -, mignon et bien fringué, a pour épouse Brigitte Trogneux, de 24 ans son aînée, et qui fut son professeur de lettres, alors qu’il était élève en première du lycée La Providence, établissement privé catholique d'Amiens.

   Le 20 octobre 2007, à la mairie du Touquet, Emmanuel Macron qui s’apprête à fêter ses 30 ans épouse Brigitte, 54 ans. Encore lycéen et tout juste âgé de 17 ans, Emmanuel avait assuré à Brigitte qu’il désirait se marier avec elle « quoi qu’elle fasse ».

  Le jour de la cérémonie, remerciant ceux qui les avaient soutenus en dépit des apparences, il a notamment déclaré : « Vous avez fait ce que nous sommes aujourd’hui. C’est à dire, peut-être quelque chose de pas tout à fait commun, un couple pas tout à fait normal – même si je n’aime pas beaucoup cet adjectif – mais un couple qui existe. Et ça, c’est grâce à vous. Alors je voudrais vous remercier pour nous avoir acceptés, pour nous avoir aimés comme nous étions ».

   Il faut bien reconnaître que la différence d’âge posait problème lorsque c’est l'épouse qui passe le mari. Mais aujourd’hui, la chose fait sourire, tout au plus, et tombe finalement dans l’ordinaire. Cicéron a raison : « O tempora, o mores ».

   Mais qui se souvient de l’affaire Gabrielle Russier ?

   Lors des événements de 1968, Gabrielle Russier, 32 ans, tombe amoureuse de l’un de ses élèves de seconde du Lycée St-Exupéry à Marseille – à l’époque « Lycée Nord » -, Christian Rossi, 17 ans. Poursuivie pour « détournement de mineur », Gabrielle est emprisonnée huit semaines en avril 1969 puis en juillet 1969, condamnée à douze mois de prison et 500 francs d'amende. La crainte d’être rayée du corps des enseignants de l’Éducation nationale et aussi de perdre son amant, la pousse au suicide toits mois plus tard.

   On doit à André Cayatte le film « Mourir d’aimer » en 1971- avec Annie Girardot dans le rôle de Gabrielle – et qui fera plus de 5 millions d'entrées - et à Charles Aznavour qui en fera une chanson.

   Après la mort de Gabrielle, Christian Rossi, caché par des amis, attend ses 21 ans pour donner son unique entretien, avant de s'évanouir dans l'anonymat des brocantes. Ses mots ont la décence d’un amour partagé, brisé, mais toujours vivant : « Les deux ans de souvenirs qu'elle m'a laissés, elle me les a laissés à moi, je n'ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c'est une femme qui s'appelait Gabrielle Russier. On s'aimait, on l'a mise en prison, elle s'est tuée. C'est simple ».

   Plutôt que Cicéron, faudrait-il se tourner vers Voltaire et adopter, selon son conseil, le point de vue de Sirius. Notre évocation n’a d’autre souci que de montrer qu’en un demi-siècle les mentalités ont bien évolué.

   Mais n’est-ce pas St-Paul qui disait : « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante » (Corinthiens, I-1) ?

 

Publié le mardi 14 février 2017.