L’affaire Fillon ou le déni de démocratie.

   Depuis que le Canard Enchainé s’est déchaîné sur François Fillon, tout se passe comme si un tsunami avait ravagé la France entière, pays d’outre-mer compris. Une catastrophe, ni plus ni moins, nationale et une remise en cause de tous nos fondamentaux moraux et politiques. Et comme le citoyen tient plus à son portefeuille qu’à sa santé, dès qu’on lui parle de sous si gros qu’il n’en peut souffrir l’imagination, il crie au scandale inégalitaire et ne tarde à dénoncer avec véhémence les politiques : tous des pourris ! Cependant, faisons une pause dans notre colère et réfléchissons un peu. Deux directions, l’une purement comptable, l’autre plus politique.

   Premier temps : les finances.

   Ainsi, Mme Pénélope Fillon, selon le Canard Enchainé aurait été l’assistante parlementaire de son époux et touché 900 000 € de 1988 à 2013, avec un salaire brut mensuel de 8 000 €. De quoi rendre furibond le smicard ordinaire qui a bien du mal à payer son loyer et faire vivre sa famille.

   Oui. Seulement ces chiffres livrés à la pâture commune de l'électeur lambda que nous sommes tous, s’ils nous étourdissent, aussi bruts de coffrage que le salaire qu’ils désignent, méritent d’être regardés de plus près.

   D’une part, les 900 000 € sont répartis sur 25 ans, ce qui fait 3 000 € par mois : prenez votre calculatrice, celle de votre ordinateur par exemple, et vérifiez vous-même. On est loin des 8 000 € dénoncés…

   D’autre part, un parlementaire touche 7 142,75 € toutes indemnités confondues. Mais après les prélèvements sociaux, son indemnité se ramène à 4 959,35 € net. En plus, il perçoit une indemnité couvrant ses frais de secrétariat de 9 561 € (1er juillet 2016), crédit affecté à la rémunération de ses collaborateurs, soit d’un à cinq. Comme M. Fillon en avait au minimum deux, son épouse et une collaboratrice à l’Assemblée, il ne pouvait donc rémunérer ni l’une ni l’autre à hauteur de 8 000 € mensuels.

   Rappelons enfin que le député a la qualité d’employeur : il recrute, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, ce qui relève, à nos yeux, du droit privé.

   Second temps : le déni de démocratie.

  Une première chose saute aux yeux. Comme de nombreuses personnes l’on fait remarquer, de telles informations ne peuvent provenir que des services de l’État, en l’occurrence Bercy. Et cela se comprend d’autant plus et mieux que les acteurs de ce « quinquennat pour rien » savent que la partie va bientôt se jouer sans eux.

   Ce qui devrait alors choquer, ce n’est pas le fantasme des 8 000 € du « Pélénopegate » - on notera la perfidie de cet américanisme -, mais le fait que ce pouvoir en phase terminale ne supporte pas la chronique de sa mort annoncée. « Cette affaire vient du pouvoir ; elle vient de la gauche, elle vient de ceux qui savent qu'ils ne peuvent pas gagner l'élection présidentielle et qui ont choisi un autre terrain que celui de la démocratie », a déclaré François Fillon devant les élus LR réunis à son QG le 1er février. On préfère la calomnie dont on sait fort bien qu’il en reste toujours quelque chose, comme dit Basile dans « Le barbier de Séville », au débat d’idées. Comme l’écrit Mlle Natacha POLONY dans « Le Figaro » du 4 février, la conséquence de cette scandaleuse affaire sera « de polluer une campagne qui devrait permettre de débattre des options qui s’offrent à la France pour qu’elle demeure ce qu’elle a vocation à être ».

   La seconde affaire qui nous préoccupe autant se révèle dans une étrange démarche : envisager le retrait de François Fillon et suggérer son remplacement dans l’urgence par X ou Y, de droite bien sûr, le fameux « plan B », comme si nous étions dans un film d’action de Canal+.

   Mais tous ceux qui ont voté Fillon en novembre 2016 n’ont certainement pas envie de voir « la primaire tomber en cendres et avec elle les mutations électorales qu’elle a cristallisées » (Vincent TREMOLET DE VILLERS, « Le Figaro », 4 février 2017). Bref, les « fillonistes » ne veulent absolument pas qu’on leur vole ce pour quoi ils ont en novembre dernier voté massivement. Et au-delà, sans doute aussi, les 4,2 millions d’électeurs de droite et du centre, d’autres encore, qui ont fait cette démarche.

   Enfin, au cas où les choses devraient devenir tragiques : plan B envers et contre tous, et un deuxième tour Macron vs Le Pen, que personne ne compte sur ce qui sera devenu en quelques mois une farce : le pacte républicain… Pour la première fois dans son histoire, la France aura pour Président de la République une femme... Merci M. Hollande.

 Publié le samedi 4 février 2017.

   Post-scriptum (8 fevrier 2017).

  Nous avons écrit plus haut: "Rappelons enfin que le député a la qualité d’employeur : il recrute, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, ce qui relève, à nos yeux, du droit privé". En voici la confirmation juridique.

 

   La principale incrimination mise en avant par les magistrats contre le couple Fillon est le détournement de fonds publics. « Or le délit de détournement de fonds publics ne peut pas être reproché à un parlementaire », objecte Me Pierre Cornut-Gentille. « Il ne l’a même jamais été car le délit de détournement de fonds publics concerne les agents publics en charge de missions de service public. Or les parlementaires n’ont pas de prérogatives de puissance publique, comme un maire par exemple. Un député ne peut pas prendre d’arrêté ou de décision qui s’impose aux autres, en dehors de la loi votée collectivement ».

   D’éminents juristes s’accordent, en tout cas, sur ce point. Le Pr Didier Rebut déclare : « En ce qui concerne le délit de détournement de fonds publics, il peut y avoir une interrogation sur son application à un député ». Selon ce pénaliste, « cette infraction ne peut viser que quatre catégories :

  • une personne dépositaire de l’autorité publique
  • ou chargée d’une mission de service public,
  • un comptable public,
  • un dépositaire public ou l’un de ses subordonnés ».

En clair : « Un élu du Parlement n’entre dans aucune de ces catégories », conclut-il.

 

 

Extrait de la conférence de presse de François Fillon du 6 février

7. Févr., 2017

"Je suis toujours debout"

Dans une conférence de presse tenue à son QG de campagne ce lundi 6 février, François Fillon, rappelant sa large victoire à la primaire, est certain d’être aujourd’hui visé parce que son « programme dérange le désordre établi ». « Le but de cette opération est d’effacer le choix des électeurs de la primaire qui se sont affranchis du système en me plaçant en tête parce que je porte un programme de rupture et que je suis le seul à pouvoir le mettre en œuvre », a-t-il conclu tout en s’en prenant à ses deux adver-saires principaux, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Et si ces derniers jours, des élus l’avaient appelé à retirer sa candidature pour sauver « l’unité » des Républicains et « l’alternance », le candidat à la présidentielle leur a clairement répondu. Il n’entend en rien renoncer, et balaie d’un revers de la main toute hypothèse de « plan B », à moins de trois mois de l’élection. « Aucune instance n’a la légitimité pour remettre en cause le vote », du mois de novembre, a-t-il assuré. « J’annonce ici même que c’est une nouvelle campagne qui commence » (extrait d'un article du Figaro du mardi 7 février 2017)