Un service public qui n’en est pas un.

Bureau de poste à Futuna.

  Dès notre arrivée sur ces deux petits morceaux de terre perdus en plein milieu du Pacifique sud, coincés entre les îles Samoa et Fidji, on nous avait prévenus qu’entre autres choses, le service du courrier jouait les intermittents. Une seule fois, en vingt-trois ans de présence sur ces îles charmantes par ailleurs, nous avons reçu un colis posté trois jours plus tôt en Métropole.

   Le train-train ordinaire a vite repris le dessus, victime à la fois de la servitude des liaisons aériennes et maritimes, et de la petitesse aussi du service postal local. Mais aussi de la difficulté d’une adaptation aux conditions contemporaines de la communication.

   Il aura fallu bien cinq ans pour que l’on cesse, par exemple de facturer deux fois le service internet. En effet, dans les années 90, l’utilisateur d’internet payait d’une part la communication téléphonique et de l’autre la connexion internet. Ainsi, une connexion d’un quart d’heure était facturée pour un quart d’heure d’usage internet et un autre quart d’heure (cinq unités de trois minutes) pour l'usage de la ligne téléphonique. D’où des factures qui atteignaient parfois des sommes astronomiques. Aujourd’hui, les deux systèmes étant bien distingués, le problème est heureusement résolu.

   S’est posé aussi rapidement, dans les années 2000, la question de la téléphonie mobile car Wallis-et-Futuna était alors le seul territoire de la région à ne pas en avoir. Ce n’est qu’à l’occasion des mini-jeux du Pacifique organisés à Wallis-et-Futuna en 2014 que s’est véritablement posée la question pour trouver sa solution l'année suivante. Mieux vaut tard que jamais. Mais le service reste cher, très cher.

   Il y a aussi une autre question, dans ce domaine de la communication télématique. La qualité des connexions internet fait problème, à tel point qu’il ne sert pratiquement à rien de prendre un abonnement à 1MO quand la connexion servie descend parfois à 250 GO et même moins. Conscients de ce problème, les responsables techniques et administratifs - et politiques -  ont saisi l’opportunité de la pose d’un câble sous-marin dans la région pour se greffer dessus, ce qui devrait fin 2017 permettre enfin des connexions à haut débit dignes de ce nom.

  Reste le problème, et non des moindres, du courrier physique. Car ce moyen de communication s’utilise toujours, vu qu’on n'envoie pas de colis par voie électronique, que de nombreux services financiers continuent de transmettre leurs documents par ce moyen et que certaines administrations n’acceptent que des documents originaux transitant donc nécessairement par courrier matérialisé. Enfin, les particuliers, malgré internet, usent encore de cet outil.

   Bref, les usagers du Service des Potes et Télécommunications de Wallis-et-Futuna ont toujours des boites postales réparties sur les cinq districts des deux îles. Seulement, voilà, pas souvent de courrier dans ces boîtes…

   Parce que d’une part, le courrier vient de Nouvelle-Calédonie via l’Airbus d’Air-Calédonie-International – « Air Calin » -, à condition que celui-ci ne soit pas occupé à quasi 100 % de ses places disponibles, auquel cas le fret privé l’emportant sur le fret postal il n’y a pas de courrier « extérieur » dans nos boîtes postales. Et c’est fréquent, justement, en fin d’année : l’équation « avion-plein+ gros-sacs-postaux » donne : « zéro courrier ». À cette date : un mois à peu près.

   Parce que d'autre part, la disponibilité des personnels n’étant pas non plus à 100 %, les bureaux de postes périphériques (nord et sud de l’île de Wallis) ne sont pas pourvus en agents , d’où des fermetures pures et simples d’une à trois semaines consécutives, et donc pas de courrier non plus pour les usagers du service.

  Pour remédier à ce dernier problème, nous avions suggéré en son temps l’embauche d’une ou deux personnes afin de suppléer aux indisponibilités des personnels en place. Manifestement, cette idée n’a pas été retenue

  Pour régler le problème de l’acheminement du courrier international, il faudrait envisager de retirer son transport de la ligne commerciale calédonienne et de le confier à un avion spécifique – militaire ? -, hebdomadaire, subventionné à 100% par l’État.

   Toutefois, nous sommes conscients que si le jeu en valait la chandelle il y a vingt ans, cela est moins évident aujourd’hui où ce territoire a perdu presque la moitié de sa population pour des raisons diverses.

   Mais il est tout aussi évident que si les services publics se dégradent de la même façon, ce sera une cause supplémentaire d’émigration de la population locale.

« Que celui qui a des oreilles pour entendre entende » (Matthieu, XI_15).

 

Publié le mercredi 28 décembre 2016.

3. Oct., 2017

Lamentable ! Et je suis sûr qu’ils se trouveront de bonnes excuses.

Je viens de recevoir (avion du vendredi 29 septembre) un paquet qu’un ami de métropole m’a posté le 23 février (2017), comme vous pourrez le constater sur l’image jointe à ce post. Ce colis est arrivé à Nouméa le 6 mars. Il serait « parvenu en fausse direction » : à Nouméa ?

Toujours est-il qu’il est resté dans les hangars de l’OPT de la Tontouta jusqu’au 29 septembre, soit quasiment huit mois.

Outre que je me demande si l’OPT-Tontouta sait où se trouvent nos îles – tout de même, depuis tout ce temps ! – je me demande encore s’il n’y a pas quelqu’un quelque part qui se moque de nous.

Car, quand je suis allé lundi chercher mon paquet, j’ai vu le local où notre SPT trie les colis en provenance de l’extérieur : il y en avait jusqu’au plafond ! En d’autres termes, AIR CALIN aurait chargé en une seule fois tous les envois depuis le mois de mars ? Sans doute encore des colis « parvenus en fausse direction ».

En tout cas, on se moque de nous : le courrier (lettres) nous est convoyé par AIR CALIN au compte-gouttes et les colis selon son bon vouloir.
Question : dans la convention qui lie le Territoire et AIR CALEDONIE INTERNATIONAL, il y a bien un article concernant l'obligation de transfert du courrier. Je me demande si les vingt satrapes qui composent notre Assemblée territoriale se sont souvenus de cela. Et si AIRCAL, au moment du récent renouvellement de cette convention, y a prêté une quelconque attention.

En tout cas nous, les quidams du coin, nous sommes les dindons de la farce.