Main basse sur l'île.

   Le vendredi 16 novembre 2016, le cargo Southern Pearl devait accoster au port de Mata-Utu (Îles Wallis) puis ensuite se rendre à Futuna. Il n’en a rien été : les divisions coutumières qui traversent l’île d’Uvea et qui se sont concrétisées par la nomination de deux Rois (Lavelua), ce qui fait tout de même un de trop, ont eu raison une fois de plus sur la routine des rotations maritimes nécessaires à la vie de cette collectivité ultramarine.

   Certaines personnes, manifestement mécontentes de l’approche par d’autres de la gestion du port du territoire des Îles Wallis-et-Futuna, et notamment de la remise en cause de la société d’aconage qui n’a pas l’heur d’être en odeur de sainteté auprès de l’une des deux Chefferies concurrentes, ont tout simplement avec quelques bateaux de pêche locaux bloqué l’entrée de la passe qui permet d’accéder au Lagon de Wallis et in fine au port de Mata-Utu ce vendredi 16 novembre.

   Le modus operandi n’est pas sans rappeler la technique des « naufrageurs », des bretons qui aux 18e et 19 siècles tendaient des pièges aux bateaux en vue de leurs côtes pour les faire échouer et les piller. Pure légende mais qui alimenta l’imaginaire de certains romantiques. Grâce à Dieu, ce n’était pas le but des pirates de fortune à l’entrée de la passe de Wallis, simplement en interdire l’entrée, histoire de marquer leur mécontentement. Donc pas de tragédie, mais un caprice de gamins qui n’ayant pas eu leurs sucettes trépignent et colérisent.

   L’affaire pourrait se contenter d’être une simple anecdote si, une fois de plus, comme ce fut le cas lors du blocage de l’aéroport international de Hihifo en novembre 2015, les auteurs de cet incident fâcheux n’avaient eu cure de la population des deux îles, à une bonne semaine de Noël, comme de leur première chemise. C’est que, dans ce petit monde perdu au milieu du Pacifique sud, pas plus grand qu’un timbre-poste, les caciques ont depuis longtemps pensé que le peuple devait suivre leurs désirs et non avoir le souci de son bien.

   Ils ont cependant oublié quelque chose : le droit républicain, que cela leur aille ou non. Cette collectivité a deux poumons : son aéroport et son port. C’est la condamner à l’anémie que de la priver de l’un des deux. C’est oublier que l’affaire sera sans doute portée devant les tribunaux. Et que les responsables, a fortiori si ce sont des élus, risquent gros dans l’affaire.

   Il faudrait cesser de jouer comme des gamins, dans ce petit monde ultramarin. Surtout que la facture risque d’être salée, non seulement pour les auteurs de cet acte litigieux, mais aussi pour le territoire tout entier : découragée autant par l’absence de développement économique que par l’anachronisme de certains de ces responsables locaux, la quasi moitié de la population s’en est allée sous d’autres cieux en vingt ans. Mais cela ne semble inquiéter personne.

 

NB : L’auteur de ces lignes n’a pu les rédiger qu’après avoir interrogé quelques personnes plus moins proches de l’affaire rapportée tant il est difficile, voire quasi impossible de retrouver sur la toile les informations souhaitées. Il est vrai que pour vivre heureux, il faut vivre caché, dit-on.

 

Publié le lundi 19 décembre 2016.