Deux présidents face au Test de Paul

La villa Mar-a-lago, à Palm Beach, en Floride, propriété de la famille Donald Trump.

   Voulant vérifier une citation dans l’Évangile de Luc, notre attention fut attirée par une référence de l’éditeur à la lettre de St-Paul à Tite. L’objet de la lettre, que les théologiens classent parmi les trois épîtres pastorales de Paul, c’est-à-dire traitant de l’organisation « administrative » des premières communautés chrétiennes, est à proprement parler justement la structuration de la communauté installée dans l’île de Crète.

    L’épître à Tite (I, 5-9).

   Paul, soucieux de l'efficacité de la catéchèse, de la cohérence doctrinale, et de la stabilité sociale de l’assemblée locale, conseille Tite[1] sur le choix des futures dirigeants de cette communauté, que l’apôtre, à l'instar des communautés juives d’Israël, nomme des « Anciens » :

    « L’Ancien doit être quelqu’un qui soit sans reproche, époux d’une seule femme, ayant des enfants qui soient croyants et ne soient pas accusés d’inconduite ou indisciplinés. Il faut en effet que le responsable de communauté soit sans reproche, puisqu’il est l’intendant de Dieu ; il ne doit être ni arrogant, ni coléreux, ni buveur, ni brutal, ni avide de profits malhonnêtes ; mais il doit être accueillant, ami du bien, raisonnable, juste, saint, maître de lui. Il doit être attaché à la parole digne de foi, celle qui est conforme à la doctrine, pour être capable d’exhorter en donnant un enseignement solide, et aussi de réfuter les opposants » (Épitre à Tite, I, 5-9).

    Avions-nous bien lu ? « Sans reproche », « époux d’une seule femme », progéniture « croyante, disciplinée » ; l'impétrant doit être aussi calme et réfléchi, « ami du bien, raisonnable, maître de lui », rejeter les « profits malhonnêtes ». Enfin, il doit avoir une « parole digne de foi » afin d’être ne mesure de pouvoir délivrer un « enseignement solide » pour mieux répondre à ses détracteurs.

    Transposition.

    Dans notre langue contemporaine, cela donnerait une personne dont les qualités sociales et éthiques la mettraient à l’abri de toute critique, voire la constitueraient en référence pour les citoyens soucieux de justice et d’équité, qui serait aussi d’une rigueur de pensée à partir de laquelle tout un chacun pourrait trouver d’utiles appuis intellectuels et moraux. Bref, qualités que l’on attendrait a priori d’un Président de la République, a fortiori des candidats à cette charge suprême.

Nous est alors venu l’idée de mesurer à l’aune de cette épître ceux qui prétendent à la charge suprême de la direction d’un état et ainsi, et ainsi de construire une sorte de questionnaire dont les réponses donneraient une bonne idée de la compétence des candidats, questionnaire que nous allons appeler « test de Paul ».

    Le Test de Paul :

  1. Le candidat est-il l’époux d’une seule femme ?
  2. Quelle éducation les enfants – éventuels - ont-ils reçue ?
  3. Le candidat est-il prévoyant ou cupide ?
  4. Le candidat est-il arrogant ou miséricordieux ? De quelles qualités morales fait-il preuve ?
  5. Le candidat est-il ferme tant dans ses opinions que dans sa philosophie politique ?

   Nous allons donc nous intéresser, en leur appliquant le Test de Paul, à deux hommes, chefs d’État l’un comme l’autre, mais l’un au terme de son unique mandat, l’autre qui va commencer le sien en début 2017.

   M. Hollande soumis au Test de Paul.

   Le premier est Monsieur François Hollande, pour quelques mois encore Président de la République française puisqu’il ne brigue pas un second mandat.

  1.       Le candidat est-il l’époux d’une seule femme ? Non, trois qu’il n’a jamais d’ailleurs épousées : Ségolène Royal – le couple ayant eu quatre enfants -, Valérie Trierweiler et Julie Gayet. Le plus, c’est que la première a été trompée par la deuxième et la deuxième par la troisième, puisque les trois relations se sont, si l’on peut dire, chevauchées dans le temps.
  2.       Quelle éducation les enfants ont-ils reçue ? Semble-t-il une bonne éducation puisque les quatre enfants du couple Royal-Hollande ont réussi leurs études universitaires et sont maintenant installés dans la vie.
  3.       Le candidat est-il prévoyant ou cupide ? L’argent n’apparaît pas comme une des motivations de l’engagement politique de M. Hollande.
  4.       Le candidat est-il arrogant ou miséricordieux ? De quelles qualités morales fait-il preuve ? M. Hollande est un homme politique, il a été responsable pendant quelques années du Parti Socialiste. C’est donc un homme de gauche, duquel on aurait pu attendre le souci des libertés publiques, de la justice et de l’égalité. Mais sa cousine Hélène Pilichowski, qui semble bien le connaître, aurait dit de lui qu’il est « mou, faible, peu ambitieux et sans consistance », concluant qu'il n'avait pas le « brin de folie nécessaire pour conquérir le pouvoir ».
  5.       Le candidat est-il ferme tant dans ses opinions que dans sa philosophie politique ? Lorsqu’il était premier secrétaire du Parti Socialiste 1997 à 2008, pendant la troisième cohabitation puis dans l'opposition, la ligne politique de M. Hollande était celle d’un parti, coincé entre sa culture marxisante et la culture de gouvernement initiée par François Mitterrand, contraint de passer d’une gauche dure à une gauche ramollie, d’un socialisme aussi rigide qu'anachronique à un socialisme libéral dont la principale qualité est d’avoir le cul assis entre deux chaises. La fin du mandat de M. Hollande s’inscrit dans cet amollissement d’une pensée politique dont l'exercice ne résiste pas à l'épreuve des faits, par nature têtus…  Il paie cette soumission à l’instant par la nécessité dans laquelle il s’est trouvé, le 1er décembre 2016, de renoncer officiellement à se représenter à une élection qui de toute façon lui aurait échappé.

   Note finale : 2 sur 5… Recalé.

   M. Trump face au Test de Paul.

   Vous aurez compris que le second sujet mesuré à l’aune du test paulinien est M. Donald Trump, 45e Président des États-Unis, qui prendra ses fonctions le 20 janvier 2017. M. Trump a été un candidat atypique et le reste comme futur Président des États-Unis. Son populisme a souvent été accompagné pendant les deux campagnes (primaire et présidentielle) par des propos plus que limites sur les femmes, les homosexuels, les arabes, les afro-américains ou les « latinos » : raciste, homophobe et sexiste, telles sont les qualificatifs qui le distinguent encore, même élu, dans la classe des hommes de gouvernement.

   Que donne le Test de Paul appliqué à Donald Trump ?

  1. Le candidat est-il l’époux d’une seule femme ? Comme M. Hollande, M. Trump en a eu trois :
  • Ivana Marie Zelnícková (mariés en 1976- divorcés en 1992) et trois enfants sont nés de cette union, Donald Trump Jr, Ivanka et Éric.
  • Marla Ann Maples (1993-1999), une fille : Tiffany
  • Melanija Knavs (2005…), un fils : Baron, né en 2006.

       2. Quelle éducation les enfants ont-ils reçue ? Les trois enfants du premier lit ont aujourd’hui de hautes responsabilités dans la « Trump Organization » de papa, après de solides études universitaires. On peut espérer qu’ils n’ont pas hérité de la grossièreté paternelle. Tiffany est une personnalité médiatique aux USA, chanteuse et mannequin à la fois. Ce dernier métier ne surprend pas : il est fréquent chez les femmes de l’entourage de Trump. Baron n’a que dix ans

       3. Le candidat est-il prévoyant ou cupide ? Trump est un homme d’affaires et sa société, héritée de ses parents, a des ramifications dans le monde entier. Or l’expression « homme – ou femme – d’affaires » a, dans la pensée commune, un relent sulfureux.

   Ainsi à l’orée de la décennie 90, sa société risque la faillite à cause d’une dette de près de dix milliards de dollars. C'est son génie du marketing qui le fait rebondir. Peu d’experts contestent, par ailleurs, que Trump appartienne au cercle exclusif des milliardaires, ce qui fait de lui le président le plus riche jamais porté au pouvoir par les Américains.

   Mais en septembre 2007, quand Donald Trump annonce la construction d’un immeuble de quarante-six étages dans le quartier de Soho à New York, il a deux associés : Tevfik Arif, originaire du Kazakhstan, et Felix Sater, émigré de Russie avec ses parents à l’âge de 8 ans. Le second a été condamné en 1993 pour une attaque à l’arme blanche, puis soupçonné en 2005 de blanchir de l’argent de la mafia russe et de la Cosa Nostra sicilienne, pour finir, si l’on peut dire, comme indicateur du FBI. Quant à Tevfik Arif, il sera brièvement inculpé en Turquie en 2010, à la suite d’un raid de la police à bord d’un yacht abritant un réseau de prostitution haut de gamme.

   Les hommes d’affaires ne sont pas des enfants de chœur, c’est évident… Au demeurant, nous n’avons trouvé nulle part un quelconque geste de charité de la part de M. Trump, si ce n'est qu’il a hébergé pendant six mois Sater dans la Trump Tower quand celui-ci a eu des ennuis avec le FBI avant d’en devenir un indicateur.

      4. Le candidat est-il arrogant ou miséricordieux ? Durant les deux campagnes électorales, la primaire des Républicains et l'élection présidentielle, Trump s’est montré arrogant, méprisant, suffisant, sans compter d’autres excès de langage qui sont autant les signes d'une pensée radicale, peu soucieuse du respect d’autrui.

   Ainsi, on a rapporté, preuves vidéo à l’appui, qu’il aurait déclaré que « lorsque l’on est une célébrité on peut avoir toutes les femmes que l'on veut », faisant allusion à son émission de télé-réalité, « L’Apprentice » dont il était l’animateur principal dans les années 90.

   Pendant la campagne des primaires républicaines, il a déclaré vouloir bouter hors des frontières des USA onze millions d’étrangers, essentiellement des personnes originaires du monde arabe qui menaçaient, selon lui, la sécurité du pays, et du coup interdire l’immigration de ces gens. Chiffre revu à la baisse quelques semaines plus tard : trois millions ramenés aujourd’hui à un…

   Enfin, pendant la campagne présidentielle, il n’a manifesté que du mépris à l’égard d’Hillary Clinton, qu’il a tout au long de la campagne présidentielle appelée « Crooked Hillary [2]»,  la menaçant même de la prison s’il était élu : « Si je gagne, je vais donner l'ordre à mon ministre de la Justice de nommer un procureur spécial pour faire la lumière sur votre situation, parce qu'il n'y a jamais eu autant de mensonges, autant de choses cachées » déclare-t-il lors du deuxième débat Clinton-Trump le 9 octobre 2016.

        5. Le candidat est-il ferme tant dans ses opinions que dans sa philosophie politique ? Nombreux sont ceux qui notent aujourd’hui que la campagne de Trump s’est limitée à des slogans qui masquent une absence de politique articulée, une campagne Potemkine en quelque sorte, à l’image des magnifiques façades factices – les fameux « villages Potemkine » - que dressait le ministre-amant de Catherine II. Voici quelques exemples du flou de la politique –s’il en a une – de Donald Trump.

  • Alors qu’il a promis pendant la campagne de construire un mur tout le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, Trump s'est montré bien plus flexible lors d’une interview à la chaîne CBS le 13 novembre 2016 : « il pourrait s'agir de clôtures par endroits mais dans certaines zones il nous faudra un mur. J'excelle là-dedans, la construction ça me connaît ».
  • Pour les immigrés clandestins – onze millions !- : « Ce que nous allons faire c'est sortir du pays les criminels : les dealers, ceux qui appartiennent à des gangs ou ont des casiers judiciaires. Nous avons beaucoup de ces gens, deux millions, peut-être même trois ».
  • Le 31 janvier 2016, Trump déclare vouloir abroger la loi sur la « mariage pour tous » (les américains aussi ont leur loi « Taubira »…). Mais, lors de l’interview à CBS, il avoue que son avis « n'a pas d'importance car la Cour suprême a décidé. Ça a été réglé, cette affaire s'est retrouvée devant la Cour suprême et maintenant c'est la loi. Et ça ne me pose pas de problème », bien qu'il ait répété à de multiples occasions son opposition au mariage des couples de même sexe, comme le 28 juin 2015 sur CNN par exemple.
  • Enfin dernier exemple de rétropédalage. Alors qu’il a juré pendant ses campagnes de supprimer l’Obamacare, à CBS il avoue : « Oui, elle va être abrogée et remplacée instantanément mais nous allons garder des éléments ».

   Ainsi le comportement de Donald Trump depuis son élection ne donne pas une indication exacte de ce qu’il fera quand il sera président, pour le moins que l’on puisse dire.

   Note finale : 1 sur 5… Recalé.

Il serait intéressant, lorsque nous saurons après le premier tour de nos présidentielles, les deux personnes qui finalement se présenteront devant les électeurs pour la Présidence, de les soumettre au Test de Paul.

 

 

Publié le jeudi 15 décembre 2016.

 

 

 

 

 

 

                                               

 



[1] Tite est un apôtre du Christ qui fut collaborateur et compagnon de voyage de Paul de Tarse, et plus tard épiscope (évêque) de la Crète. En Occident, il est associé à l'apôtre Timothée pour avoir été l'un des premiers épiscopes de l'Église naissante.

[2] « Hillary la crapule » en français.

Test de Paul: candidat Trump_Suite

22. Déc., 2016

Finkielkraut a raison, Trump est un “gros con”

« En 2003 déjà, Jean-Pierre Le Goff fustigeait dans un ouvrage « la barbarie douce ». La logique des modes d’expression dominant cette nouvelle société du spectacle et de ses déclinaisons numériques aboutit à ce qu’elle devienne « dure », et « la défaite de la pensée » décrite en 1987 par Finkielkraut se prolonge ici en débâcle. Or, l’élection de ce personnage à la tête de la première puissance mondiale s’avère être un jalon supplémentaire décisif de cette descente aux enfers. Les anglicistes ont noté la pauvreté de son vocabulaire, son goût pour les tweets donne la mesure de l’ampleur de ses pensées, et il semble incapable de sortir de l’univers des émissions de téléréalité pour manifester quelque préoccupation culturelle. À l’inverse de beaucoup de membres fortunés des élites mondiales qui comprennent – ne fût-ce qu’en termes d’images – la nécessité d’élargir leur horizon au-delà du monde des affaires, il n’a aucune velléité de mécénat, et je ne trouve nulle trace d’une collection privée d’art contemporain. Le message aux américains, et à la terre entière qu’une telle posture implique, est que l’argent se suffit à lui-même, et est le seul étalon propre à mesurer l’accomplissement humain. On peut penser que c’est précisément l’illusion mortelle portée par le néolibéralisme contre laquelle il est temps de s’insurger » écrit Maurice MERCHIER (http://www.causeur.fr/trump-elu-college-finkielkraut-con-41730.html).