Délit d'entrave numérique à l'IVG

L’incompréhensible acharnement de la gauche[1]

   Une nouvelle proposition de loi veut interdire les sites dits «anti-IVG». Pour Madeleine de Jessey[2], cette rétention d'informations, loin de libérer les femmes, les dépossèdent progressivement de toute liberté de choix.

   On l'apprenait il y a dix jours : la mesure par laquelle Laurence Rossignol entendait régler leur compte aux sites «anti-IVG» était rejetée par le Sénat, qui jugeait l'amendement en question sans lien direct ou indirect avec le projet de loi dans lequel la ministre avait taché de l'inclure. L'affaire aurait pu s'arrêter là. C'était sans compter sur l'opiniâtreté du ministre et de ses acolytes, qui reviennent à la charge avec un nouveau texte.

   Catherine Coutelle a déposé une proposition de loi visant à «l'extension du délit d'entrave contre l'interruption volontaire de grossesse» afin de rendre illégaux «les sites anti-IVG».

   Nous étions prévenus, Bruno Le Roux l'avait annoncé il y a une semaine : son groupe (PS) déposerait «très rapidement» une proposition de loi «afin d'élargir le délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse aux sites internet de désinformation sur l'avortement». Il préconisait même «un examen de la future proposition de loi en procédure accélérée» - tant qu'à faire, sur des sujets aussi anodins que l'interruption volontaire de grossesse ou la liberté d'expression en France, autant aller vite en besogne ; pour un peu, Bruno Le Roux supprimerait aussi le délai de réflexion préalable au vote des lois à l'Assemblée. De fait, le texte promis ne s'est pas fait attendre : Catherine Coutelle, députée PS de la Vienne, a déposé ce matin une proposition de loi visant à «l'extension du délit d'entrave contre l'interruption volontaire de grossesse» afin de rendre illégaux les «sites anti-IVG».

   Cette qualification de « sites anti-IVG » est l'arme la plus habile de Laurence Rossignol et de ses satellites.

   Cette qualification de «sites anti-IVG», reprise sans le moindre discernement par les principaux médias, est pourtant l'arme la plus habile de Laurence Rossignol et de ses satellites. L'expression suggère en effet que ces sites seraient hostiles à la loi Veil et s'efforceraient d'entraver le droit à l'avortement. Mais qu'en est-il vraiment.  Considérons les adresses que la ministre accuse des maux présentés plus haut : ivg.netsosbebe.orgTestpositifParlerdemonivgles survivants… Aucun ne condamne ni ne conteste le recours à l'avortement Comme l'observait Dominique REYNIÉ, professeur à Sciences Po, dans une tribune remarquable d'objectivité, «sauf procès d'intention, on ne trouve pas sur les sites pointés une hostilité au droit à l'IVG ; aucune apologie de l'entrave à l'IVG, laquelle serait inacceptable» ; de fait, leur objectif est moins de dissuader les femmes d'avorter que de leur permettre de poser un choix libre qui ne génère pas de regrets, notamment en leur fournissant une information que le site officiel du gouvernement se refuse obstinément à apporter sur les conséquences d'une IVG et les alternatives à l'avortement, au cas où la jeune femme hésiterait à garder son bébé, comme c'est souvent le cas. Pour poser un choix libre, encore faut-il pouvoir initier une démarche de réflexion, de recul, de discernement ; ce que ces sites permettaient de faire, en complément salutaire du site officiel du gouvernement. Mais voilà : le gouvernement ne tolère pas qu'on puisse peser autre chose que le pour, de sorte que les intéressées n'auront bientôt plus ni liberté, ni droit à l'information. Ou comment maintenir les femmes dans une minorité dont on prétendait pourtant les extraire.

   Comme si la liberté d'expression d'une personne entravait la liberté physique d'une autre...

    Bien plus, la disposition prévue par ce nouveau texte de loi assimile le fait d'exprimer son opposition à l'IVG au fait d'empêcher physiquement une femme d'accéder à un établissement pratiquant une IVG, comme si la liberté d'expression d'une personne entravait la liberté physique d'une autre. En dehors de son caractère liberticide, le sophisme grossier sur lequel s'articule l'extension du délit d'entrave revient donc à considérer la femme comme un être mineur, incapable de réfléchir par elle-même, de se forger sa propre opinion ou de prendre de distance vis-à-vis du contenu d'un site web.

   Mais de quelle désinformation parle-t-on ?

C'est la désinformation sur l'avortement qu'il s'agit de condamner à travers ce délit d'entrave, nous rétorque-t-on. Mais de quelle désinformation parle-t-on ? Est-ce désinformer les femmes que de parler des conséquences éventuellement lourdes d'une IVG en publiant les témoignages de jeunes femmes qui en ont fait les frais ? Oui, nous dit le gouvernement, qui affirme sur son site web qu'«il n'y a pas de syndrome post-traumatique qui persisterait à distance, plusieurs années après un avortement». Ou comment fermer les yeux sur la souffrance de milliers de femmes qui ont eu le mauvais goût de vivre une tout autre expérience. Est-ce désinformer les internautes, par ailleurs, que de réaffirmer leur droit de décider par elle-même et de résister aux pressions psychologiques ou physiques de leur famille, belle-famille ou conjoint dont elles sont encore trop souvent victimes ? Faut-il rappeler le cas récent de Claire, néo-mayennaise de 39 ans, qui était licenciée par ses employeurs, il y a quelques semaines, parce qu'elle était enceinte ? «Ce qui m'a le plus choquée, c'est quand ils m'ont dit que si je perdais mon bébé, ou si je décidais d'interrompre ma grossesse, ils me garderaient.» Si le gouvernement s'active avec une persévérance proche du fanatisme contre des entraves qui n'en sont pas, que fait-il pour protéger les femmes de ces situations de harcèlement qui se multiplient partout en France ? La vérité, c'est qu'à force d'avoir voulu ériger l'avortement en un droit fondamental et sacrosaint, les ayatollahs de l'IVG, loin d'avoir libéré la femme, l'ont soumise à des pressions et à une rétention d'information qui la dépossèdent progressivement de toute liberté de choix.

   Au terme de ces remarques[3], qu'on pardonne à la pauvre femme que je suis d'avoir eu l'audace de raisonner sur un sujet qu'il eût été plus simple, sans doute, de résumer suivant les termes du gouvernement :

La Réflexion, c'est l'Esclavage. 
La Libre Expression, c'est l'Entrave. 
L'Avortement, c'est le Chemin
.

Madeleine Bazin de Jessey

 

Article relayé le mercredi 30 novembre 2016.



[2] Madeleine de Jessey est agrégée de Lettres classiques. Porte-parole de Sens Commun, elle est membre du bureau politique de LR.

[3] On pourra aussi consulter la « lettre ouverte au Président de la République », à propos du délit d’entrave à l’IVG,  rédigée par Mgr PONTIER, évêque de Marseille et Président de la Conférence des Evêques de France : http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/430718-lettre-de-mgr-pontier-president-hollande/

4. Déc., 2016

Police de la pensée, suite...

On voulait faire taire Mme BOUTIN. Aujourd'hui, c'est au tour de M. Eric ZEMMOUR que l'on veut museler/
http://fr.novopress.info/202141/le-csa-veut-faire-taire-eric-zemmour/
Et aussi tous les citoyens européens qui manifesteraient un déplorable esprit critique:
http://hildegardvonhessenamrhein.over-blog.com/2016/12/une-loi-liberticide-discutee-en-2015-en-train-d-etre-mise-en-oeuvre-au-parlement-europeen.html