La droite enfin libérée de ses faux frères

Article repris partiellement dans « Le Figaro »(édition électronique) du 2 décembre 2016.

Les intertitres sont les nôtres.

  

   La fin du « politiquement correct », de gauche comme de droite.

   Autant le rappeler en préalable, avant l’oubli promis aux nouvelles évidences : le triomphe de François Fillon, candidat libéral-conservateur de la primaire à droite, donne raison aux observations à rebrousse-poil faites dans ce bloc-notes depuis des lustres. Les électeurs qui ont éreinté Alain Juppé, qui n’a recueilli que 33,5 % des voix en dépit des votes venus à 71% de la gauche, ont voulu mettre un terme aux interdits du politiquement correct, au centrisme capitulard, à la tyrannie des minorités, au lynchage des mal-pensants. C’est la droite traîtresse qui a été chassée, dimanche, avec l’écrasante victoire (66,5 %) d’un candidat révélé tardivement mais qui a su incarner une partie de la France excédée. Hier encore, défendre la nation renaissante valait d’être qualifié de « réactionnaire » par la meute et ses petits rapportés. Cette époque lunaire prend fin.

   Mais la primaire de la droite et du centre n'est pas le premier tour des présidentielles.

   Se méfier, bien sûr, de l’effet d’optique. Les 4,38 millions d’électeurs de la primaire ne représentent pas la France. L’Élysée n’est pas encore promis à Fillon. Reste qu’une dynamique est lancée par cette avant-garde révolutionnaire. Elle est rentrée dans le lard des néo-collaborateurs, prêts à pactiser avec l’islam colonisateur. Des mosquées et leurs prédicateurs avaient appelé à voter pour Juppé la semaine dernière. Les défenseurs de la France millénaire ont déjà fait voler en éclats les ultimes obstacles à la libre expression : évoquer, comme l’a fait Fillon dès dimanche, les « valeurs françaises » lui aurait valu il y a peu des accusations en racisme. Cette fois, seule la petite croix apparue au cou de sa porte-parole, Valérie Boyer, a mobilisé quelques inquisiteurs mal lunés : ceux-là mêmes qui réclament une visibilité pour les communautés militantes.

   La droite « underground ».

   La « droite hors les murs », c’est-à-dire cette société civile lassée des querelles de partis et qui espère se rassembler autour de valeurs communes, a peut-être trouvé en Fillon un fédérateur imprévu. Le FN a vu le risque de la concurrence : le mouvement de Marine Le Pen va multiplier les assauts contre ce bourgeois provincial, catholique, libéral, soutenu par le Medef et des électeurs au profil censitaire. Un ancrage dans cette caricature serait évidemment fatal au candidat, qui porte aussi le legs d’un Système suintant le mépris des peuples. Quand Henri Guaino dénonce « la vieille droite » dans l’homme et son programme, il fait cependant l’erreur de s’arrêter au seul projet économique (suppression de l’ISF, augmentation de 2 % de la TVA). Or Fillon a d’abord été porté par sa défense de la culture chrétienne, ses attaques contre le totalitarisme islamique, ses dénonciations des pédagogues : des thèmes qui parlent aux oubliés.

   La double erreur des « sachants » et des « bavants »

   La caste médiatique se trompe une fois de plus quand elle lui suggère de mettre de l’eau dans son vin. Au contraire, c’est le chemin de la radicalité que Fillon doit poursuivre s’il veut emporter la durable adhésion populaire. La raclée qu’ont reçue les centristes bavards et les prétentieux modernistes les invite à quitter cette droite qu’ils ont affaiblie, ou à en devenir solidaires en tout. En refusant la vision gnangnan que proposait Juppé sur l’islam RATP (religion d’amour, de tolérance et de paix), les électeurs de la primaire ont montré qu’ils étaient prêts à soutenir l’épreuve de force contre une idéologie agressive. Le maintien de cet esprit de résistance oblige d’autant plus Fillon que Marine Le Pen a semblé, ces derniers temps, s’être laissé convaincre par ses berceuses sur la « France apaisée », ultime étape avant la reddition devant la conquête.

   Fillon rassembleur, nécessairement.

   Il est plus urgent pour Fillon de rassembler les électeurs en colère que la droite honteuse. C’est elle qui a fait fuir nombre de Français devenus sans partis fixes. Une occasion inespérée s’offre au leader LR de consolider son mouvement de « renaissance », enfin libéré de ses faux frères. Car l’erreur serait pour la droite de retomber dans sa léthargie, en croyant le PS définitivement inoffensif et le FN incapable d’être pris au sérieux. La gauche, éparpillée façon puzzle, peut encore trouver un sursaut rassembleur. Et si Marine Le Pen accuse le coup du plébiscite pro-Fillon (un sondage du Figaro publié mercredi le donne largement gagnant contre elle au second tour), elle reste une issue de secours pour le vote « populiste », qui n’est pas près de s’éteindre. Si cet électorat est sensible aux discours de Fillon sur la famille, la nation ou l’école, il attend aussi des freins à l’immigration de peuplement et des solutions à sa propre paupérisation.

   Fillon, conservateur, libéral et socialiste[1].

   Ceux qui assurent, comme François Bayrou mercredi [30 novembre 2016] sur France 2, que son libéralisme serait un épouvantail pour les classes moyennes ne démontrent rien sinon leur immobilisme. Les réticences sur le FN doivent beaucoup à son programme dirigiste, insufflé par Florian Philippot. En revanche, l’opinion qui porte Fillon ne semble pas lui tenir rigueur, par exemple, de vouloir réformer la sécurité sociale en faisant davantage appel à l’assurance privée. Il est inexact de croire les Français attachés à un État-providence qui pratique la préférence étrangère. Il va de soi qu’une politique uniquement tournée vers la flatterie du patronat serait un repoussoir pour l’électorat populaire. Toutefois, l’engagement de Fillon, dès lundi, à assurer les mêmes remboursements aux « revenus modestes et moyens » a laissé comprendre que le social gardait toute sa place. Il lui reste néanmoins à devenir le « conservateur-libéral-socialiste », que défendait idéalement le philosophe Leszek Kolakowski[2].

IVAN RIOUFOL[3]

 

 

Repris et publié le vendredi 2 décembre 2016.