Juppé ne veut pas remettre en question le « mariage pour tous ».

Oups! Je crois que je viens de gaffer...

  Monsieur Alain Juppé semble bien parti pour être le huitième Président de la République française[1]. Face à la déconfiture de la gauche et notamment de l’actuel Président, M. François Hollande, à propos duquel un livre de M. Zemmour, ne serait-ce que de par son titre : « Un quinquennat pour rien », dit tout en quatre mots ; face par ailleurs à des challengers de droite dont l’essentiel manque de consistance sauf un mai qui garde sur lui, collée à ses épaules, la tunique d’une précédente défaite dont certains pensent qu'elle fut justement méritée, M. Juppé a le mérite de la crédibilité et même de la compétence en matière de gouvernance. Après tout, il fut premier Ministre de M. Jacques Chirac, même s’il n’a pas laissé que de bons souvenirs lors de son passage par la case Matignon.

   La loi Taubira de 2013 en question.

  Il n’est pas ici cependant dans notre intention de passer au peigne fin le programme électoral de M. Juppé. On peut en espérer toutefois qu’il ne sera pas de ceux dont les promesses ne valent que pour les gens qui les reçoivent. Sur le site officiel du candidat, http://www.alainjuppe2017.fr/, on trouvera à ce sujet tous les renseignements désirés.

   Mais il demeure une question, manifestement éludée ou rapidement traitée par tous les candidats de la primaire de la Droite et du Centre, sauf un, M. Jean-Frédéric Poisson, http://www.jfpoisson2016.fr/, celle du « mariage pour tous », qui ne laisse pas indifférente une partie non négligeable de la population française, ce que M. Hollande a lui-même reconnu dans son dernier livre « Un président ne devrait pas dire ça ». En d’autres termes « La Manif pour tous » s’obstine à ne rien oublier et continue de plus belle à vouloir peser sur cette « primaire » pour obtenir un engagement des candidats sur cette épineuse question, à savoir l’abrogation pure et simple de la loi du 17 mai 2013 instituant le « mariage pour tous ».

   La postions de M. Juppé.

  M. Juppé a une position claire sur cette question qu’il expose notamment dans un entretien qu’il a donné au journal La Croix la mardi 5 juillet de cette année. Nous le citons.

   Le journaliste pose à M. Juppé cette question : « Vous avez varié sur la question du mariage homosexuel et de l’adoption homoparentale, jusqu’à vous déclarer favorable aux deux en raison de « l’évolution des mœurs ». Un responsable politique doit-il suivre ses convictions intimes ou l’évolution de la société ? »

   Réponse de M. Juppé : « Sur les questions économiques ou de société, il faut regarder le monde tel qu’il est. La société a évolué. La jeunesse, y compris une partie de celle élevée dans la religion catholique, trouve aujourd’hui normal que des personnes homosexuelles puissent civilement se marier[2]. Il faut marcher avec son temps et ne pas rouvrir des blessures qui sont en train de cicatriser. La société française a surtout besoin d’apaisement ».

   Nouvelle question : « Revenons à la question de l’adoption homoparentale, sur laquelle vous avez reconnu vous être « fait violence » pour l’accepter… »

   Nouvelle réponse (notons la position ferme de M. Juppé sur la PMA et la GPA) : « Après avoir bien entendu vérifié que les conditions d’épanouissement de l’enfant sont réunies, je suis favorable à l’adoption par les couples de même sexe[3]. Ma position est aussi d’une extrême clarté et d’une fermeté absolue sur la procréation médicalement assistée qui doit être strictement réservée aux couples hétérosexuels stériles en âge de procréer, et je suis radicalement hostile à la gestation pour autrui. Cette dernière est un saut anthropologique qu’il ne faudra jamais franchir. Le commerce et l’industrie qu’est devenue la GPA dans certains pays est un scandale absolu ».

   Résignation de M. Juppé.

   Ce qui frappe dans ces deux réponses, c’est le ton résigné de M. Juppé : « regarder le monde tel qu’il est, la société a évolué ». Voltaire avait déjà écrit un conte au titre évocateur : « Le monde comme il va » dont la morale, elle aussi désabusée se dit ainsi : « si tout n’est pas bien, tout est passable ». Somme toute, en matière sociale, M. Juppé compte les points. Et se dissimule derrière une morale d’inspiration chrétienne, mais certainement mal comprise, que le principe évangélique fonde : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » (Jean, 13, 34). Un peu plus loin, M. Juppé précise : « les racines chrétiennes de la France, c’est aussi l’amour du prochain, la compréhension de l’autre et non sa stigmatisation ou sa condamnation, voire la violence. C’est en tout cas ainsi que j’ai été formé dans la religion catholique. N’est-ce pas précisément ce que rappelle le pape François ? ». Ce en quoi il suit la parole christique rapportée par Saint-Jean, avec la bénédiction bien involontaire du Pape François.

  Seulement voilà : personne n’a dit quoique ce soit contre l’homosexualité. C’est une pratique sexuelle déjà bien connue dès l’antiquité grecque ou romaine. Socrate aurait eu pour petit ami Alcibiade, encore que l’on semble avoir mal compris la pratique athénienne de l'éphébie, et Pétrone, dans son Satyricon en fait un tableau pittoresque. Si l'homosexualité fut sévèrement réprimée dans la société prérévolutionnaire française, elle est largement tolérée depuis. Là n’est pas le problème, nous voulons dire en tant que fait social. Sur le plan éthique c’est autre chose. Mais la compréhension s’impose et se pratique.

  Le mariage homosexuel est un non-sens social et culturel.

  Il en est tout autrement du mariage homosexuel, qui est non seulement un paradoxe dans ses termes, mais aussi un non-sens sociétal. Nous ne reprendrons pas ici tous les arguments qui ont été développés en ce sens au moment de la discussion de la loi en 2013. Mais il en est un qu’un candidat à la présidence de la République devrait tout de même méditer. C’est que justement, les racines chrétiennes de la France n'ont pas dans leurs multiples ramifications, de près ou de loin, l’idée d’une telle forme d’union matrimoniale (dans matrimonial, qui a donné « mariage », il y a mater, la « mère », en latin). Ce qui est en cause donc ici, ce n’est pas l’homosexualité, mais cette horreur juridique qu’est le « mariage homosexuel ».

   Et c’est d’autant plus une horreur que tout le monde a bien compris, même Mme Taubira, que cette pratique imposée par une gauche irresponsable, porte atteinte aux fondements même de notre civilisation.  Sans compter qu’elle est d’un seul point de vue social, une absurdité, de par la stérilité inhérente à de telles unions, un « saut anthropologique » pour reprendre une expression de M. Juppé.

   Il découle de ces rapides remarques que l’adoption par des paires homosexuelles d’un enfant est aussi un non-sens social et une erreur psycho-pédagogique. Tout enfant a besoin pour sa formation psycho-affective d’un père et d’une mère. Les enfants de familles mono-parentales (une seule mère le plus souvent) connaissent bien cette déficience, qu’ils surmontent la plupart du temps, mais pas sans dégâts[4] parfois. L’ignorer peut surprendre de la part d’un homme qui brigue les plus hautes fonctions de l’État.

   Nous parlions de résignation, plus haut, à propos des réponses de M. Juppé au journaliste de La croix. Nous pensions, naïvement nous le reconnaissons, que selon le mot d’Émile de Girardin : « gouverner, c’est prévoir ». Nous ne pensions pas qu’il fallait se contenter de « regarder le monde tel qu’il est » et de « marcher avec son temps ».

  Quant au souci de « ne pas rouvrir des blessures qui sont en train de cicatriser », vous vous trompez, M. Juppé, elles ne se sont jamais refermées et ne sont pas prêtes de cicatriser, même avec vous.

 

Publié le vendredi 21octobre 2016.



[1] Certains historiens font de René Coty, le premier Président de la Cinquième république puisque sa Constitution fut promulguée le 4 octobre 1958 et que René Coty acheva son mandat le 8 janvier 1959 pour laisser la place à son premier ministre, le Général Charles De Gaulle. Ainsi, M. Juppé – ou un autre…- serait le neuvième Président de la cette République.

[2] Un récent sondage du Figaro (17 octobre) indique que sur 56 450 personnes sollicitées, près de 65% estiment que la loi de 2013 sur le « mariage pour tous » doit être abrogée si la droite revient au pouvoir.

[3] Soit deux papas mais pas de maman, ou deux mamans mais pas de papa : ça donne quoi sur la cour d’une école ?

[4] Ce serait une des causes des pathologies psycho-affectives.