Lerttre ouverte à Houria Bouteldja

http://www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais/videos/thomas_guenole_a_houria_bouteldja_vous_etes_raciste_misogyne_homophobe_-_ce_soir_ou_jamais_-_180316_18-03-2016_1091612

     Madame,

     On a beaucoup écrit, et parlé, de votre petit livre, paru en mars 2016 aux éditions de La Fabrique, « Les blancs, les juifs et nous ».

     Je reconnais avoir déjà tiqué sur le titre de votre texte, m’inquiétant d’un « nous » que manifestement vous opposez, à cause d’un « et » exclusif, aux « blancs » et aux « juifs », ce dernier terme augurant a priori mal de la suite, ce qu’elle confirmera.

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     Vous ouvrez – presque… - votre analyse, ce qui a échappé autant à vos détracteurs qu’à vos thuriféraires (mais je ne m’en étonne pas), avec une référence au cogito cartésien dont vous nous dites, en suivant dans cette lecture le philosophe argentin Enrique Dussel, que sa compréhension doit tenir compte du contexte économique et social de la Hollande du XVII ème siècle, soit un je conquérant et prédateur, qui domine et asservit : « je pense, donc je suis l’homme moderne, viril capitaliste et impérialiste : le je cartésien va jeter les fondements philosophiques de la blanchité » dites-vous page 30.

     Je veux bien que vous compreniez l’un des concepts majeurs de la Philosophie de cette manière. Mais vous commettez là, ce qui ferait rougir de honte un élève des classes de Philosophie de nos lycées, un anachronisme détestable générateur d’un contre-sens majeur puisque Descartes est aux antipodes de vos préoccupations. D’ailleurs, les textes du Cogito, si vous les aviez lus, se prémunissent en eux-mêmes d’une telle déviance.

     Brisons là, je ne vais pas faire ici une leçon d’Histoire de la Philosophie. Mais votre conclusion sur cette affaire donne la mesure des cent pages qui la suivent : le « je » cartésien est celui de la « blanchité », ce que vous comprenez comme l’ensemble des principes sociaux, culturels, économiques et politiques qui fondent notre République mais, essentiellement, à vos yeux, des principes impérialistes et néocolonialistes.

     C’est là votre axe de pensée. La lutte des classes, selon Marx, identifie le moteur de l’Histoire. La classe ouvrière – prolétariat -, de par sa nature de classe exploitée, a vocation de renverser, par la révolution, la classe de ses oppresseurs, les bourgeois capitalistes. Vous substituer à cette vision marxiste une opposition plus moderne, ce dont je doute d’ailleurs, celle du couple colonisateurs/colonisés qui aujourd’hui se décline sous la forme néo-colonisateurs/néo-colonisés, ces derniers étants vos « indigènes de la République », soit les immigrés Africains et Magrébins essentiellement, c’est-à-dire le « nous » de votre titre. J’observe, au passage, que vous ne dites rien des immigrés asiatiques. Je devine pourquoi…

     Vous êtes originaire d’Algérie, où vous êtes née en 1973 à Constantine. Manifestement, vous n’en êtes pas sortie puisque vous vivez dans un passé « colonialiste » qui a si marqué votre esprit que vous ne voulez pas le « dé-passer »… D’ailleurs, finalement – et la polémique qui a surgi à propos du terme de « souchien » qui désigne en fait les français de « souche », mais aussi plus généralement tous les autres identitaires nationaux, en témoigne – vous sclérosez, ni plus ni moins, les sociétés en « communautés » fermées et même hermétiques aux influences extérieures, rendant du même coup tout le « vivre ensemble » impossible, ce que confirme votre acte de foi (P. 84) : « j’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race , à l’Algérie, à l’Islam ». Vous tirez vous-même les conséquences de cette position identitaire : « nous appartenons à la communauté et nous l’assurons de notre loyauté » (P.84), ce qui vous conduit à « refuser de [vous] conformer au modèle libéral de l’individu » (P. 92), disons plus simplement républicain.

     La messe est dite : vous venez de définir une nouvelle forme de racisme (je vous fais grâce du reste), tout le monde l’a compris. Ce qui me désole d’avantage encore, c’est que réduisant la question de la Shoah à un problème purement occidental, vous déclarez tout de go que vous n’irez pas à Auschwitz (P. 55).

     Comme vous semblez manifestement avoir une mémoire historique très sélective, laissez-moi vous rappeler un fait. Le 28 novembre 1941, le Grand Mufti de Jérusalem, Hadj al-Husseini, est reçu à Berlin par le Führer Adolph Hitler. À l’occasion de cette rencontre, le Grand Mufti affirma que « les Juifs sont les ennemis communs de l’Islam et du Reich ».

     « Combattez ceux qui ne croient pas en Allah, qui ne considèrent pas comme illicite ce qu’Allah et son prophète ont déclaré illicite… jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés et de leur propre main le tribut » (Coran, IX/29).

     Alors, permettez-moi de vous dire, Madame que la Shoah, c’est aussi votre problème.

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     En page quatre de la couverture de votre texte, vous écrivez : « Pourquoi j’écris ce livre ? Parce que je partage l’angoisse de Gramsci : « le vieux monde se meurt ? Le nouveau est long à paraître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ». Le monstre fasciste, né des entrailles de la modernité occidentale. D’où ma question : qu'offrir aux Blancs en échange de leur déclin et des guerres qu’il annonce ? Une seule réponse : la paix. Un seul moyen : l'amour révolutionnaire ».

     « Ô Allah, vengez-nous des chrétiens oppresseurs et des juifs criminels… Ô Allah, habillez-les de misère… » (Prière pour les "Koufars", dite trois fois par jour par le Muezzin, à la Mecque).

     Madame, je ne veux pas de votre amour, même révolutionnaire.

 

Pubié le samedi 27 aoüt 2016. Modifié le dimanche 28.     

                                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Grand Mufti de Jérusalem et le Führer en novembre 1941 à Berlin.

7. Sept., 2016

"Camp d'été décolonial" de Reims

Dans le même ordre d'idées que le texte ci-dessus cité de Mme Houria Bouteldja, s'est tenu à Reims entre les 25 et 28 août 2016 un séminaire réservé strictement aux "non-blancs" sur le thème d'un prétendu racisme d'état en France.

Voici ce qu'en pense M. Alain Jakubowicz,le président de la LICRA. Extraits.

" Le « camp d’été décolonial » organisé à partir du 25 août à Reims est une injure faite au combat antiraciste et à la République et ceux qui en ont pris l’initiative sont des imposteurs. La logique qui préside à l’organisation de ce symposium monochrome, uniquement ouvert « aux victimes du Racisme d’État », est folle et dangereuse : prétendre qu’il faut avoir été victime d’une discrimination pour la combattre est une aberration qui, sous couvert d’antiracisme, établit une ségrégation qui n’a rien à envier aux assemblées du Ku Klux Klan ou aux pires pavillons des expositions coloniales. Séparer les Noirs des Blancs pour lutter contre le racisme est la négation même du combat pour l’égalité…
Derrière cette manipulation grossière, il y a la volonté de faire douter de nos institutions. Il y a surtout la volonté d’exhumer à des fins politiques le colonialisme et sa rhétorique : bienvenue au camp d’été des coloniaux ! L’idéologie des organisateurs de ce camp est en effet foncièrement néocolonialiste et raciste. Pour eux, les Noirs et les Maghrébins ne sont pas des citoyens, ils sont « Indigènes » et forcément des damnés de la terre, « dominés », discriminés et victimes. Le Blanc, quant à lui, est nécessairement essentialisé en dominateur raciste, impérialiste et sûr de sa supériorité. L’idée de ce camp, au final, n’est pas de lutter contre le racisme mais de lutter contre « le Blanc ». Comme au temps honni des colonies, le critère de couleur devient discriminant et tout Blanc qui voudrait participer à ces réunions devient un intrus insupportable. Quant au Noir qui dénoncerait cette pantalonnade, il est au mieux un complice, au pire un renégat".

http://alainjakubowicz.fr/index.php/2016/08/24/camp-dete-decolonial-rosa-parks-doit-se-retourner-dans-sa-tombe/