Etat de disgrâce.

     Au mois de mai, le 24 mai exactement, la popularité de M. Hollande était au plus bas des quatre premières années de son mandat, soit 16% et celle de son Premier Ministre, M. Valls 23%. Pas terrible non plus. Gageons qu’au mois d’août, ce sera la Bérézina.

     C’est que la tragédie de Nice ne va pas arranger leurs affaires. Comme raté on ne fait pas mieux, à tel point qu’on peut se demander si « l’état d’urgence » a encore du sens, et ce d’autant plus qu’on vient de nous en remettre pour six mois.

Une « insupportable polémique ».

     Rappel des faits, bien qu’il n’en soit guère besoin : dans la nuit du 14 juillet, sur la Promenade des Anglais, à Nice, vers 23 heures, un terroriste islamiste au nom trop compliqué pour moi a tué au volant d’un camion de 19 tonnes quatre-vingt-quatre personnes et blessé deux-cent-quatre-vingt-six autres.

     On ne reviendra pas sur le modus operandi, hélas bien connu de tous maintenant. On se désolera aussi du dialogue de sourds que se livrent à cette occasion le gouvernement et l’opposition.

     Le premier accuse la seconde d’incompétences passées – c’est bien le moment ! – et d’entretenir, dans ses reproches infondés, une polémique intolérable en la circonstance, inspirée plus par une « politique politicienne » que par le souci de la vérité. Mais la seconde accuse le premier d’incompétences présentes, voire de mensonges réitérés pour mieux dissimiler son incurie. En cette période pré-électorale les premiers ne sont pas tendres pour les seconds et réciproquement.

Deux failles incompréhensibles dans la sécurité de la Prom’.

     Et pourtant, c’est en toute impunité, jusqu’à sa mort brutale, que Mohamed Lahouaiej-Bouhlem, (ça y est, j’y suis arrivé : vive le copier-coller !) un franco-tunisien de 31 ans, que non seulement il a pu pénétrer sur le Promenade des Anglais pour commettre son forfait, mais aussi qu’il a circulé à plusieurs reprises dans la journée sur la même chaussée, pour repérer les lieux et même quelques jours auparavant dans le même but, semble-t-il.

     Or une règlementation nationale interdit à tout véhicule de plus de 7,5 tonnes d’entrer dans une agglomération urbaine, sauf circonstances exceptionnelles dûment reconnues – un déménagement par exemple -. Un arrêté de la Préfecture des Alpes-Maritimes en rajoute une couche : pour Nice, pas de camion dont le PTC excède 3,5 tonnes. Enfin, la cerise sur le gâteau : interdiction de circuler pour tout véhicule utilitaire du 13 juillet 22 heures au 14, 22 heures.

     Il est plaisant ici de lire l’excuse lamentable des responsables municipaux de la sécurité : « Il n'est pas possible d'identifier uniquement par les caméras un camion comme étant autorisé ou non autorisé [sous-entendu ‘’à circuler’’) » déclare la mairie de Nice le 19 juillet quand des journalistes s’étonnent que, dans la ville la plus vidéo-surveillée de France avec 1400 caméras visionnées par différents agents 24h/24 au CSU (Centre de supervision urbain) un tel engin soit passé inaperçu, surtout s’il n'avait pas du tout le droit de rouler à ce moment-là.

     Deuxième fait révélé par le Journal Libération : à 22 heures, à l'angle du Boulevard Gambetta et de la Promenade des Anglais, il n’y avait que deux policiers municipaux, derrière des barrières de sécurité, mais pas de police nationale… De toutes façons, même s’ils avaient été cinquante, cela n’aurait rien changé, incapables qu’ils auraient été de s’opposer à un mastodonte de 19 tonnes empruntant le trottoir pour entrer sur la Prom'. Mais sans doute n’aurait-il pas parcouru 2 km de mort. Dès lors, il n’est plus surprenant que la sous-direction antiterroriste (SDAT) ait demandé aux agents qui gèrent la vidéosurveillance de la ville, le 15 juillet, l'effacement complet de 24 heures d'images de l'attentat, au prétexte que ces images pourraient être détournées de leur usage normal et alimenter la propagande terroriste islamiste de DAESH.

     Que nenni ! Il s’agit de détruire les preuves des failles gravissimes de sécurité qui ont coûté la vie à 84 personnes et endommagé celle de 282 autres.

Nice : un foyer de radicalisation.

     Mais il faut encore rappeler ceci. Le 3 février 2015, un certain Moussa Coulibaly (dans lien de parenté, paraît-il avec Amedy, du même nom, le tueur islamiste de l’Hypercasher, Porte de Vincennes, le 9 janvier 2015) blesse sérieusement trois militaires en faction devant un centre juif à Nice. Dans la foulée, il y a mieux, ce qui montre la légèreté des responsables locaux de la sécurité : « Arpenter le quartier des Abattoirs, où résidait le tueur de la promenade des Anglais, puis remonter vers le nord-est de la ville [de Nice], c’est s’enfoncer peu à peu en pays musulman.  Dans ce quartier anonyme comme à l’Ariane, aux Moulins, à Bon Voyage ou à St-Roch, l’islam radical est tout sauf une question subsidiaire. Une question esquivée ? Taboue ? Certainement. Mais une question centrale » écrit le quotidien suisse Le Temps le 18 juillet, confirmant ainsi le fait que Nice est un terreau de la radicalisation.

  http://www.letemps.ch/monde/2016/07/18/quartiers-nice-terre-dislam .

     Il faut être bien naïf ou inconscient pour oublier qu’à Nice, peut-être plus qu’ailleurs, on n’est pas à l’abri d’un incident du type de ce qui vient d’être vécu.

Rendez-vous en 2017…

     Il n’y a pas de fumée sans feu : s’il y a une polémique, c’est que derrière cette bagarre de mots, il y a un gros problème, celui de l’incurie de ceux qui nous gouvernent, au moins en matière de sécurité. Pour mémoire, rappelons que depuis le 11 mars 2012 (le périple meurtrier de Mohammed Merah à Toulouse) jusqu’à cet attentat de Nice compris, la France compte 241 personnes tuées et 650 blessées, soit en tout un bataillon de 891 personnes. Sans plus de commentaires.

     État d’urgence, dites-vous ? État de disgrâce surtout.

 

 Publié le samedi 23 juillet 2016.

 

 Complément (25 juillet):

      Mme Sandra Bertin, Chef du Centre de surveillance urbaine de Nice a évoqué dans le JDD du 24 juillet, les pressions exercées par la sous-direction antiterroriste et le ministère de l'Intérieur. Dès le vendredi suivant l’attentat, elle est mise en relation avec une « une personne pressée » de la place Beauvau qui lui demande « un compte rendu signalant les points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l'on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité ».

     « Je lui ai répondu que je n'écrirai que ce que j'avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m'est pas apparue sur les vidéos, confie-t-elle. Cette personne m'a alors demandé d'envoyer par email une version modifiable du rapport, pour ne pas tout retaper. J'ai été harcelée pendant une heure, on m'a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n'ai pas vues à l'écran. À tel point que j'ai dû physiquement renvoyer du CSU l'émissaire du ministère ! J'ai finalement envoyé par email une version PDF non modifiable et une autre modifiable. »

     Mme Sandra Bertin a maintenu ses accusations dimanche soir sur France 2.

     Après l’intervention de la SDAT qui voulait que l'on effaçât les enregistrements vidéo, il est maintenant évident que l’on cherche par tous les moyens à faire disparaître les preuves des fautes de sécurité sur les lieux de l’attentat.

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26. Juil., 2016

Cazeneuve vient de se prendre les pieds dans le tapis

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