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Des conséquences funestes de la Gestation Pour Autrui.

     On se souvient que la Gestation Pour Autrui ou GPA consiste dans une méthode de procréation qui se pratique généralement en cas d'infertilité féminine. La « mère porteuse » porte l'enfant d'un couple de « parents intentionnels » qui a fourni un embryon qu’elle prend en charge in utero et, à la naissance, remet l'enfant aux parents d'intention.

     Les Français souhaitant avoir recours à la gestation pour autrui peuvent se rendre dans les pays dans lesquels elle est autorisée ou tolérée. C’est le cas des États-Unis (même si la GPA n’est pas autorisée dans tous les États), extrêmement bien organisés, que ce soit en termes d’appareillage clinique ou juridique. Mais une GPA aux USA peut coûter extrêmement chère en fonction du profil de la gestatrice : plus cette dernière est diplômée, plus son standing élevé, plus la GPA reviendra chère aux parents d’intention et peut facilement atteindre les 30 000 dollars et plus éventuellement.  En Ukraine et en Inde par exemple, les prix sont dix fois moins chers qu’aux États-Unis.

     Jusqu’à aujourd'hui, la France s’est toujours opposée à la GPA. l' Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, dans un rapport de 2008, s'est opposé à la levée de la prohibition de la GPA, en affirmant d'une part que rien ne permettrait de garantir l'absence de rémunération occulte de la mère porteuse, en l'absence de toute possibilité matérielle d'anonymat, et d'autre part qu'aucune étude n'avait été faite sur les conséquences pouvant résulter des pratiques de GPA sur les enfants nés ainsi, ni sur la famille des femmes concernées.

     Il y a bien la circulaire Taubira de janvier 2013 sur la légalisation des enfants « gépéistes ». Mais l’ex-ministre Garde des Sceaux ne cherchait qu’à faciliter les démarches administratives pour ces enfants entrés plus ou moins officiellement en France, somme toute légaliser un état de fait. Ce n’est pas satisfaisant au regard du droit, ça l’est un peu plus à celui de l’éthique, l’enfant n’étant pas responsable des manigances de ses parents d’adoption. Après tout c’est bien François Mitterrand qui parlait de « la force injuste de la loi ». Socrate n’aurait pas été d’accord, mais les temps ont changé…

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     Il y a trois choses qui ne vont pas dans cette affaire. D’abord l’aspect commercial de la démarche, puis la situation de l’enfant au regard de son développement psychique notamment et de son insertion dans la famille d’accueil, enfin les conséquences en termes de choix de civilisation.

     D’abord l’aspect commercial de la démarche. Si la GPA se passe aux USA, c’est 30 000 $, en Ukraine, En Roumanie ou dans un pays du Tiers-Monde, dix fois moins. Il faut rémunérer les intermédiaires commerciaux, les intervenants médicaux et la femme porteuse parce qu’elle est soumise aux USA – et sans doute ailleurs aussi - à un contrôle médical sévère pendant toute sa grossesse : ne pas avoir de rapports sexuels pendant une période donnée, ne pas boire d’alcool, ne pas fumer – ni tabac, ni cannabis -, ne pas porter de charges lourdes, etc...

     Et aussi, rémunération de la mère porteuse parce que toute grossesse fait courir un risque de santé à la future maman. C’est pour cela qu’en France les maternantes sont surveillées régulièrement par le personnel médical. Il semble que le législateur français soit arrêté par ce dernier aspect de la question : rien ne permet de garantir l'absence de rémunération occulte de la mère porteuse, en l'absence de toute possibilité matérielle d'anonymat, dit béatement le rapport parlementaire de 2008 cité ci-dessus. Ne pas rémunérer la mère porteuse serait injuste. C’est tout ou rien.

     C’est ici, cependant que la chose se corse, mais d’un tout autre point de vue. Nous sommes, en effet, en face d’une forme post-moderne de l’esclavage. La marchandisation de la mère porteuse, que cela prenne la forme d’un contrat commercial digne du nom ou pas, rien n’y fait. L’EI a ses esclaves sexuelles, notre société a ses esclaves procréatives. Or un esclave, c’est deux choses : un état physique général satisfaisant, une valeur marchande définie contractuellement.

     Pour l’état physique de la mère porteuse, cela ne fait pas de doute : la candidate à la procréation altruiste subit dans son pays, aux USA certainement, mais ailleurs aussi sans aucun doute, des examens médicaux en vue de la déclarer « apte au service ». Si nos souvenirs sont bons, c’est dans La Jument verte de Marcel Aymé que l’on trouve l’anecdote suivante : la patronne de la ferme, celle justement de la jument verte, apprécie le physique et donc, pour elle, la santé de la promise de son fils. « Elle a les hanches larges et un croupe généreuse, elle te donnera de beaux garçons » conclut-elle son examen d’experte en la matière. Le terme de « croupe » se dit des juments – vertes ou non - jugées ainsi à leur potentialité de poulains solides. Et aussi des futures brus…

     Pour l’évaluation financière, nous avons vu qu’aux USA le rang social entre en compte. Et on ne doute pas qu’une jeune femme diplômée d’une université américaine et/ou d’un rang social distingué, va monnayer assez cher son service maternel. Dans les États où cette pratique est autorisée, cela fait l'objet d’un contrat commercial en bonne et due forme, où le corps de l’enfant figure ainsi comme objet. La GPA est donc bien un avatar post moderne de l’esclavagisme du 19ème siècle.

     Le deuxième point est celui des conséquences d’une naissance par GPA d’un enfant. D’abord, l’opération peut être interrompue ou dévoyée. On a ainsi l'exemple d’un couple de français qui, revenu sur son intention, demanda que la mère porteuse (américaine) avorte, ce qu’elle refusa : l’enfant fut confié aux services sociaux de sa ville de naissance. En Belgique, un homme avait donné son sperme à une mère porteuse qui a ensuite décidé de donner son bébé à un couple plus offrant. En Angleterre où la GPA est légalisée depuis les années 1980, la jurisprudence estime que la mère porteuse dispose de six mois pour se rétracter et récupérer son enfant. Les Anglais considèrent donc que la mère est celle qui accouche, comme le droit romain.

     Mais aussi un enfant né dans ces conditions ne bénéficie pas des mêmes protections biologiques qu’un enfant né dans un couple traditionnel. Ainsi l'allaitement maternel procure à l’enfant les défenses immunitaires dont il aura besoin tout au long de la vie qui l’attend. Dans nos maternités, le personnel soignant insiste beaucoup aujourd’hui sur l’importance de cette étape dans le développement du nourrisson. L’enfant GPA passe à côté…

     Autre problème, psychologique cette fois-ci. Du côté des parents « adoptifs », qui ont déboursé 30 000 $ dans l’affaire, le chèque ne manquera pas de s’immiscer entre ces parents artificiels et l’adolescent rebelle. D’autant plus que celui-ci ayant sans doute eu vent de la réalité de sa venue dans le monde des vivants ne manquera pas de s’interroger sur l’identité réelle des deux personnes qu’il a aujourd’hui devant lui : si c’est son père, qui est sa mère, et si c’est sa mère, qui est son père, ou qui est cette personne qui, en réalité, l’a mis au monde ? Sont-ce ces 30 000 $ qui le séparent d’elle ? Parce que, d’un point de vue psychologique, l’enfant hérite des données de sa mère naturelle, certes mâtinées des dons biologiques initiaux, mais si peu au regard des neuf mois d'influence « étrangère », en réalité la seule qui compte, finalement. Quelqu’un va tirer tout de même profit de la tragédie de cet ado : le psychanalyste qui va l’aider à sortir de cet imbroglio psycho-social.

     Enfin, l’inévitable question se pose dans la finalité d’une telle démarche, lors même que l'adoption légale pourrait être la porte de sortie pour les couples traditionnels infertiles. Ce qui est évidemment le cas aussi des « paires homosexuelles »[1], par nature. Mais ici l’adoption serait incontestablement un contre-sens car le développement psycho-affectif d’un enfant passe par la présence d’une mère et d’un père et, ce qui est encore mieux, s’il n’est pas enfant unique.

     Quoiqu’il en soit, on peut voir d’abord dans la GPA la transposition de la maternité. Transposition que l’on retrouve dans la congélation des cellules procréantes, mâles et femelles. Si l’infertilité – définitive - d’un couple conduit à l’usage de la GPA, ce qui semble l’indication première, sa relative généralisation donne à la maternité une autre dimension, celle d’un événement accessoire ou secondaire dont on peut se passer personnellement dès lors qu’une substitution se présente comme possibilité assurée. Pourquoi supporter les neuf mois d’une grossesse, avec tous ses inconvénients biologiques, sociaux et économiques quand on peut s’en charger ailleurs ? Il est vrai que notre société n’est pas tendre avec les futures mamans, quelles que soient les dispositions légalement prises. Mais la dérive ne peut s’exclure : après tout, dans le meilleur des mondes à venir, la procréation naturelle peut très bien laisser sa place à une industrie de la natalité où des « pondeuses humaines », nourries, logées et médicalement suivies, dans une « clinique des naissances », socialement prises en compte, seraient à la disposition des couples, quels qu’ils soient, et pourquoi pas des individus, qui passeraient à la caisse pour pouponner sans risque ni inconvénient.

     PMA et GPA ont été pensées pour répondre à l’infertilité des couples traditionnels. Dans notre pays, la GPA reste illégale. Mais on peut bien envisager, sans exagérer, que la Procréation Médicalement Assistée puisse supporter une dérive identique où la sexualité, finalement, se verrait totalement exclue pour une humanité asexuée où le plaisir des sens serait définitivement coupé de l’acte procréateur et de sa finalité profonde, la survie de l’espèce humaine. Qu’on ne s’y trompe pas : dès lors que nous acceptons des relations sexuelles avant ou hors mariage, nous définalisons la sexualité pour en faire une activité humaine comme la cuisine ou la course à pied… Rester en forme, en quelque sorte. Question d’hygiène. 

     Il y a plus. La mode féminine, sans doute une histoire de porte-monnaie, use de moins en moins de tissu : jupes, shorts se sont singulièrement raccourcis tandis que les épaules et le dos, sans doute allergiques aux tissus synthétiques, s’en dispensent aisément. Certains parlent d’une pudeur négligée. D’autres font remarquer une réelle augmentation du harcèlement sexuel dans les transports en commun pour ces raisons. Mais ce serait oublier que cette vulgarisation du corps féminin a de la vulgarisation son autre sens : la diffusion dans le grand public de connaissances, des d’idées, de pratiques. Dévoiler, c’est dénaturer : le corps féminin – et au-delà la Femme tout bonnement - perd de son mystère, sa banalisation réduit à néant son authenticité et prépare du même coup à cette société d’indifférence où les contraires se dissoudront dans un univers morne et délaissé, en déréliction absolue.

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     Feu mon grand-père me fit un jour cette confidence. Quand il « faisait ses classes » - il fut appelé en 1912 – dans la région parisienne, son plus grand plaisir était de guetter les dames qui montaient dans les tramways. Leur marchepied était un peu plus élevé que nos autobus urbains modernes. Et cela obligeait ces dames à relever un tantinet leurs longues jupes, découvrant une petite, toute petite partie de leur cheville. Qu’aurait-il dit en voyant aujourd’hui des shorts au ras des fesses de certaines jeunes personnes ? Mais il aurait été encore bien plus scandalisé en apprenant que l’on peut acheter à l’étranger un bébé pour deux mille cinq cents euros. Où est la protection de la famille là-dedans ?

 

Publié le mardi 21 juin 2016.

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