Proclamer la République?

Qui est qui...?

« Vous avez raison d’être ce que vous êtes » a dit aux originaires de cette petite collectivité territoriale française du Pacifique Sud que sont les deux îles de Wallis et Futuna le Président Hollande lors de sa visite sur ce territoire le 22 février (2016). On peut se demander si le Président a dit cela pour faire plaisir à ses concitoyens locaux ou par simple diplomatie.  

Car il faut bien remarquer que depuis la crise coutumière de 2005 qui vit l'apparition de deux chefferies opposées, bien que la volte-face de l’État en confirmant dans leur « légitimité » les tenants de la chefferie du Palais eût pu laisser espérer un instant la résolution définitive du conflit, n’a pas cessé de laisser, en profondeur, quasi inconsciemment, comme s’il s’agissait maintenant d’un présupposé culturel, la trace indélébile d’une bipolarisation de la vie traditionnelle de l’île d’Uvea.

Le monde coutumier quasi hiératique, caractéristique paradoxale du statut par ailleurs républicain, des deux îles depuis 1961, connaît depuis cette fameuse année 2005 une désaffection croissante en même temps qu’une déliquescence manifeste : turn-over de court terme des rois futuniens, villages sans chefs à Wallis et Wallis sans roi ou trop... Et surtout, contestation à peine voilée de l’autorité coutumière comme en témoigne l’incident du 6 novembre où le palais de la Chefferie de Wallis a été entièrement mis à sac. La tradition coutumière, quoique certains en aient, a du plomb dans l’aile.

Mais il y a mieux, et nul n’a vu sur le moment les significations profondes de cette manifestation. L’aéroport international de Wallis-et-Futuna, situé dans le district de Hihifo, au nord de l’île d’Uvea, a été bloqué fin novembre 2015 par plusieurs personnes, dont des personnalités coutumières – à savoir un « faipule » (préfet royal), trois ministres et deux chefs de village -  , comme conséquence d’un conflit lié à des emplois « fonciers » (l’occupation industrielle d’un terrain comprenant l’emploi obligatoire de membres de la phratrie propriétaire du terrain momentanément concédé). Ce conflit dura une dizaine de jours avec pour principale conséquence l'annulation de cinq vols en provenance de Nouméa (et inversement) mais aussi la suspension de la liaison aérienne inter-îles. On devine les difficultés que ce blocage intempestif a engendrées.

Ce qui a mobilisé l’attention du grand public sur le moment : pas d’avion et des problèmes, même au niveau de l’Éducation nationale puisqu’on était en période d’examen. Mais derrière ce rideau de scène, il y a le fait que des membres de la grande Chefferie ont entravé non seulement le droit au travail mais surtout la circulation aérienne, mettant ainsi en péril la sécurité du territoire, à commencer par celle des personnes, tout cela pour le bénéfice d’un ou deux individus.  Le fait donc que des ministres royaux, des chefs de district et de villages ayant coutumièrement charge d’hommes, mettent ainsi en péril leurs ouailles alors qu’ils devraient les protéger ne peut que, subconsciemment sans doute, laisser des traces.

Plus récemment, la double intronisation de deux rois rivaux – là où il n’en faudrait qu’un seul – l’un dit de Hihifo, l’autre de Hahake, deux des trois districts de l’île d’Uvea, tous les deux mi-avril, (dans la foulée, on aurait pu en attendre un troisième dans le troisième district de l’île, celui de Mua) ainsi deux quidams pour succéder au précédent roi déboulonné deux ans plus tôt. Cela en fait un de trop selon le statut, aujourd’hui bien obsolète, de 1961 qui régit notamment les rapports entre l’État, la Coutume et l’Église.

La saga ne s’arrête pas là. Le Préfet, représentant de l’État français sur le Territoire de Wallis-et-Futuna, reconnaît implicitement le Roi de Hahake et sa Chefferie fin mai parce qu’il considère notamment que la Chefferie du « roi de Hihifo » s’est déconsidérée à travers le blocage de l'aéroport de Wallis fin novembre 2015, d’autant plus qu’elle a maille à partir avec la Justice pour cette même raison. Bien sûr le Lavelua chronologiquement premier en titre ne l’entend pas de cette oreille et, par l'intermédiaire de son avocat, remet en cause la parole du Préfet, selon le statut, dépassé selon nous rappelons-le, de 1961.

Grandeur et décadence… Symbolique : L’aéroport international de Hihifo voit son activité entravée par la présence de cocotiers en bout de piste… Qui l’eût cru ? Les terrains sur lesquels croissent ces plantes monocotylédones appartiennent coutumièrement aux familles. Pas de cadastre. Pas d'expropriation possible. En métropole, la zone de sécurité ou "surface de dégagement aéronautique" des pistes d’un aéroport est définie par le Code de l'Aviation civile. Impossible à Wallis en raison du foncier. Ben voyons…

Et le développement économique nécessaire dans ces premières années du 21ème siècle entravées par une structure socio-culturelle du 19ème. Preuve ? Le dépeuplement des deux îles, par émigration. Près de quatre mille personnes ont quitté le territoire depuis 2003, parce qu’il n’y a aucun avenir sur ces îles. Comment alors lire la déclaration d’un ministre coutumier (17 avril) : « tout ce que nous souhaitons c'est une paix sociale et ainsi préparer un meilleur avenir pour nos enfants ». C’est mal parti…

Solution : proclamer la République !

 

Publié le samedi 4 juin 2016.