Erreurs de chronologies

Wallis-et-Futuna est une collectivité territoriale de la République française située dans le Pacifique Sud, à environ 2000 km au sud-est de la Nouvelle Calédonie. Sa population actuelle, en nette perte de vitesse – 12000 habitants en 2013 pour 15000 en 2003 -, une économie limitée à une agriculture de subsistance, à des activités de service et une administration sur-développée pour un si petit Territoire dont les finances sont essentiellement soutenues par les subventions de l’état central, pas de perspective, même à moyen terme, d’un quelconque développement en quelque direction que ce soit : voilà pour son univers économique. Sur le plan social, ce n’est pas plus florissant : une société aux structures archaïques, largement responsable de la stagnation au niveau zéro de l’économie du Territoire et une jeunesse qui « vote avec ses pieds » dans le meilleur des cas, pour éviter de dériver vers des pratiques individuelles addictives sans profit personnel.

Et un début de XXIe siècle qui n’augure rien de bon.

Un système social à bout de souffle.

 Alors que l’île de Futuna voit les édiles de ses deux royaumes se débattre dans d’interminables conflits de succession, celle de Wallis, appelée encore Uvea – écrit depuis 2005 la « chronique d’une mort annoncée ». À cette date, un conflit sévère entre la grande Chefferie et l’Administration républicaine a secoué lourdement l’île, au point de voir la hiérarchie coutumière se couper en deux clans, l’un « conservateur » faisant corps derrière le vieux Roi, l’autre « rénovateur » se rangeant derrière la bannière de la République. Dix ans après, malgré les apparences, le fond de la dispute constitue encore l’arrière-plan de la société wallisienne.

En 2014, le successeur de Feu Lavelua Tomasi KULIMOETOKE, M. Kapeliele FAUPALA est déposé par ses ministres et toujours non remplacé à l’heure actuelle, et ce d’autant plus que plusieurs des membres de la grande chefferie ont aussi déserté leurs fauteuils. On a bien essayé en octobre 2015 de trouver au premier ministre – le Kalae Kivalu – un successeur, mais des dissensions internes, de sourdes rancœurs aussi sans doute, ont fait capoter in extremis le projet.

C’est alors qu’un fait grave s’est produit. Dans la nuit de jeudi à vendredi 28-29 octobre 2015, des personnes ont mis à sac le bâtiment qui recevait, lorsque le Roi le convoquait, l’assemblée générale de sa Chefferie, son parlement coutumier en quelque sorte. L’intérieur du bâtiment a été totalement vandalisé : portes, fenêtres, sanitaires et le récipient, hautement symbolique, le « tanoa », servant à préparer le breuvage traditionnel des grandes occasions, le « kava », ici « royal » en l’occurrence. 

 

Le fale fono royal à Mata-Utu (Uvea) saccagé.

Enfin, il faut revenir sur les raisons de la dépopulation des deux îles de cette collectivité territoriale de la République française. Quand le statut qui définit le cadre législatif de Wallis-et-Futuna a été promulgué en 1961, l’État a pris le devenir administratif du Territoire en main, assurant la santé de ses habitants, leur protection civile, évidemment leur sécurité extérieure et leur formation scolaire et professionnelle. Ainsi, par exemple, un lycée a été construit en 1990, opérationnel trois ans plus tard et a forme depuis des dizaines de bacheliers et de CAP.

C’est ici que les choses ont commencé à se gâter. Les jeunes bacheliers ou diplômés professionnels se sont vite aperçus qu’il n’y avait aucun avenir – où à quelques exceptions près – pour eux sur les deux îles, le petit nombre de places éventuellement disponibles, surtout dans l’administration, étant par destination occupées par quelques privilégiés sociaux. Il fallait soit se résoudre à rester au pays en n’y faisant rien – ce qui fut le cas pour quelques-uns des jeunes des premières générations diplômées – soit au contraire, sortir des îles, pour la Nouvelle-Caldonie et même la Métropole, et y chercher du travail, si possible en rapport avec leur formation initiale. C’est là la cause quasi unique de la dépopulation du Territoire, ce qui s’augmente d’une dénatalité soit parce qu’il y a moins d’enfants par famille, soit parceque ceux qui partent ou sont partis, ont des enfants à l’extérieur du pays.

Un pays à genoux économiquement.

 Des us et coutumes surannés, des habitudes socio-économiques contre-productives ont réussi ce tour de force d’interdire toute forme d’expansion économique qui aurait pu apporter au Territoire des moyens matériels pour son propre développement. L’administration de l’Éducation nationale a aussi sa part de responsabilité quand elle prétend élaborer des « plans de formation » de ses étudiants en fonction des « besoins du territoire » -sic !-, alors qu’elle sait pertinemment que les formations qu’elle dispense dans ses établissements sont destinées pour 10%, au mieux au Territoire lui-même et pour les 90% restant à l’extérieur de ses îles. Elle entretient sottement – ou servilement ? – une illusion qui, à terme, se révèle négative. Que 4000 personnes aient depuis 2003 jusqu’à ce jour quitté le Territoire ne surprend que les inconscients ou les irresponsables, ceux qui pratiquent une politique d’autruche, refusant de voir les raisons de cette décadence.

On pense que les grandes civilisations de l’antiquité ont été subjuguées par leurs adversaires, la civilisation grecque par exemple par Rome, parce qu’elles étaient à bout de souffles, usées par des habitudes sclérosantes et incapables de dépasser une idéologie politique suicidaire où la démocratie des premiers siècles s’est engloutie dans des querelles de personnes et d’intérêts claniques. Alexandre eut beau jeu de mettre Athènes à genoux et de remplacer son sénat par un gouverneur. Le fruit était alors assez mûr pour que Rome n’eût plus qu’à le cueillir… Même en économie, la loi de déchéance s’applique de la même façon. Une large partie de notre industrie textile et mécanique s’écroulât dans les années soixante parce qu’elle ne sut pas prendre le virage technique qui s’imposait de plus en plus : l’informatisation des métiers à tisser et des machines-outils.

Pas de métiers à tisser ni de machines–outils à Wallis-et-Futuna, mais un virage qu’il fallait prendre pour initier doucement un développement socio-économique dès 1961. Mais la peur de perdre quelques avantages sociaux pour les uns et ses « traditions » pour tous voulut que l’on regarde toujours derrière en avançant, malgré qu’on en ait, sur le chemin de l’histoire : gare de ne pas tomber dans le fossé. Hier on risquait de se faire manger par d’ambitieux voisins, aujourd’hui, plus simplement on risque l’asphyxie économique.

La loi d’airain reprise par Marx a ici tout son sens : une société qui n’avance pas sur le chemin de l’histoire, reste sur le bas-côté et donc, finalement, recule quand les autres sociétés vont encore et toujours de l’avant.

Fluctuat et mergitur…