le boudoir de la mort

Tout le monde a entendu parler du redoutable « couloir de la mort ». Rappelons que cette expression désigne le quartier de haute sécurité dans une prison américaine où sont détenus les condamnés à mort dans l’attente de leur exécution.

Cette expression sinistre nous a tout de suite frappés quand nous avons entamé la lecture des romans du Marquis de Sade. Que ce soit les bâtiments de l’Académie du Crime ou les communs du château de Minski dans Juliette, le quartier des victimes du château de Silling dans les Cent-vingt journées de Sodome, toutes ont un couloir qui conduit les « objets » de plaisir de ces messieurs- dames sur le lieu feutré mais cruel de leur supplice. Car rares sont celles ou ceux qui sortiront vivants d’une aussi terrible aventure.

Le texte semble-t-il le plus « soft » de Sade, La philosophie dans le boudoir pourrait échapper à la règle si l’enseignement dispensé par Mme de Saint-Ange à la jeune Eugénie n’ouvrait directement sur les pages érotiques et sanglantes des autres divagations littéraires du divin marquis.

Et l'avertissement que Sade nous donne dès l’entrée de ce dernier texte : « Voluptueux de tous les âges et de tous les sexes, c'est à vous seuls que j'offre cet ouvrage: nourrissez-vous de ses principes, ils favorisent vos passions, et ces passions, dont de froids et plats moralistes vous effraient, ne sont que les moyens que la nature emploie pour faire parvenir l'homme aux vues qu'elles a sur lui; n'écoutez que ces passions délicieuses; leur organe est le seul qui doive vous conduire au bonheur » ne doit pas nous faire oublier que c’est sur la souffrance et la mort des objets de la lubricité que cet illusoire bonheur s’édifie.

Au bout du couloir, comme dans le recoin du boudoir du marquis de Saint-Fond, c’est la mort qui attend sa proie, innocente…  

Le boudoir de la mort-1

Plaquette de diffusion de l'éditeur "Editions de l'Harmattan", Paris, rue de l'Ecole Polytechnique.
"Le boudoir de la mort" (Etienne PIERRE).